singes boulle

Tout commence par une bouteille jetée … dans l’espace ! Deux êtres la récupèrent et y trouvent un étrange journal, le récit d’une aventure d’un certain Ulysse Mérou qui résonne comme un appel au secours pour sauver l’espère humaine.

Ulysse explique comment, en l’an 2500, il s’est embarqué sur un vaisseau destiné à explorer les confins de l’Univers, avec un éminent savant et un jeune confrère. Après deux ans de voyage, les trois hommes débarquent sur une planète qui semble étrangement similaire à la Terre. Pour preuve, ils y croisent bientôt des humains qui leur ressemblent en tout point. L’âme en moins. Ils vont bientôt faire une découverte incroyable … Car cette étrange planète semble avoir subi l’évolution inverse à celle de la Terre : l’homme a régressé, retournant au stade de l’animal, et le singe a pris le pouvoir ..

La Planète des Singes est un ouvrage fondateur. Un de ceux qui ont fondé la science-fiction moderne et ont donné ses lettres de noblesse à ce genre en France. Pourtant, il est aussi bien plus que ça. C’est une réflexion passionnante sur la question de la culture, de l’apprentissage et de la force de l’imitation.

Ce roman est glaçant d’un bout à l’autre. Tout d’abord, je n’ai pas réussi à m’habituer, tout au long de ses deux cents pages, à l’image d’une humanité uniquement animale. Les descriptions de ce que sont devenus les hommes ne suscitaient rien en moi, ne parvenant pas à y croire. J’étais moins choquée en revanche par l’idée de singes dominants …

« Il [un singe] était chez moi depuis des années et me servait fidèlement. Peu à peu, il a changé. Il s’est mis à sortir le soir, à assister à des réunions. Il a appris à parler. Il a refusé tout travail. Il y a un mois, il m’a ordonné de faire la cuisine et la vaisselle. […] Une paresse cérébrale s’est emparée de nous [les hommes]. Plus de livres ; les romans policiers sont même devenus une fatigue intellectuelle trop grande. […] Pendant ce temps, les singes méditent en silence. Leur cerveau se développe dans la réflexion solitaire… et ils parlent »

En réalité, tout le problème réside en ceci : des animaux, même aussi évolués que les singes, peuvent-ils atteindre le même point de développement que l’homme ? Ce qui destituerait celui-ci de son statut d’animal supérieur … Je ne vous dévoilerai pas la réponse à cette question, mais sachez que l’honneur de l’homme est sauf.

L’honneur de l’humanité donc. Mais pas ma soif littéraire. Si j’ai été très intéressée par l’idée de base du roman de Pierre Boulle, j’ai été un peu déçue par son développement. Finalement, ces singes sont trop semblables à nous, d’une manière décevante. Au point qu’Ulysse finit par se dire que certains singes, les plus bornés ou les plus stupides, ne sont pas sans similitudes avec les hommes qu’il a quitté sur Terre …

Directement inspiré des thèses de Darwin, il m’a fait penser à un roman étrange que j’ai lu il y a quelques temps : « Les animaux dénaturés » de Vercors où les hommes s’interrogent interminablement sur l’humanité ou l’animalité d’un nouvel humanoïde découvert dans une contrée lointaine. Mais d’une manière moins évidente, cela m’a évoqué La Controverse de Valladolid où il a été question de l’âme des Indiens … De même qu’Ulysse doit faire la preuve de son humanité devant les gorilles. Les questions que se posent les singes concernant l’âme humaine s’y rapportent directement, me semble t-il.

Roman d’anticipation ? Conte philosophique ? Il me semble que le texte pâlit un peu de cette hésitation, qui m’a perturbé, malgré le magnifique coup de théâtre de la dernière ligne …

Le livre a connu sept adaptations cinématographiques, deux séries télévisées et plusieurs séries de bande dessinées. Un film sera donc ma prochaine étape …

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