L’auteur : Originaire de Normandie, dans un milieu social modeste, elle est successivement institutrice, professeur certifié et agrégée de lettres. Très tôt dans sa carrière littéraire, elle délaisse le genre romanesque pour se concentrer sur l’autobiographie.

Le livre : Publié en 2008, il a reçu le Prix Marguerite Duras et le Prix François Mauriac. Il retrace à la fois la vie d’une jeune femme (l’auteur ?) née dans les années 1950 en France, jusqu’à 2006; en parallèle avec la vie sociale, culture et politique française.

Ce que j’en dis :

Attention, chef d’oeuvre !

A première vue, je n’étais pas très motivée pour le lire, malgré les bonnes critiques que j’avais lues, car je n’adhère habituellement pas aux projets autobiographiques menés par les auteurs contemporains. Cependant, les premières pages m’ont surprises, et puis rapidement accrochées au moment de la plongée au cœur de l’histoire et de l’Histoire. En réalité, la dimension autobiographique n’existe que pour donner l’occasion de faire l’analyse sociologique de l’évolution de la société française.

Ce livre se lit d’une traite, dans un grand mouvement où l’on embrasse en 200 pages un demi-siècle d’histoire, raconté par une écriture efficace et prenante. Mais surtout on est pris dans le grand mouvement du temps qui passe, de la mémoire qui risque de s’effacer, de la nécessité d’écrire pour se souvenir. On est saisi par le passage incessant et rapide des années décrites, qui ne se ressemblent pas, mais passent également.

Un grand frisson. Un vertige.

Par-dessus tout, ce livre permet de mesurer les changements énormes qu’a subi la société française, mais surtout de les vivre au quotidien à travers les yeux d’une femme qui y a assisté. Cela m’a fait prendre du recul vis-à-vis de certains événements qui sont magnifiés aujourd’hui et qui ont semblé si peu importants à l’époque.

J’ai également particulièrement aimé voir la manière dont la condition féminine a changé (alors que je suis très peu féministe …), à travers la psychologie du « personnage »; ainsi que les mœurs et habitudes des jeunes à travers ce demi-siècle.

Pour conclure, c’est une magnifique fresque que nous a peinte Annie Ernaux dans Les Années; une fresque que, d’après moi, il est nécessaire de relire régulièrement pour s’interroger sur la manière dont on vit aujourd’hui dans la société. Lorsque l’on voit tous les bouleversements qui sont survenus depuis 1950, on peut relativiser ce que l’on vit à présent.

Il y a tellement de choses à dire sur ce livre, que je vais vous laisser les découvrir, avec ce conseil :

A lire (et à relire) à tout prix !

Plongée au coeur du livre :

« L’apparition de la nouveauté laissait les gens calmes et la certitude d’un progrès continu ôtait l’envie de l’imaginer. »

« Les faits s’éclipsaient avant d’accéder au récit. L’impassibilité augmentait. »

« Et on ne vieillissait pas. Rien des choses autour de nous ne durait assez pour accéder au vieillissement, elles étaient remplacées, réhabilitées à toute allure. La mémoire n’avait pas le temps de les associer à des moments de l’existence ».

« Nous étions débordés par le temps des choses ».

« Le clic sautillant et rapide de la souris sur l’écran était la mesure du temps. »

« La forme de son livre ne peut donc surgir que d’une immersion dans les images de sa mémoire pour détailler les signes spécifiques de l’époque, l’année, plus ou moins certaine, dans laquelle elles se situent. »