L’auteur :

Duong Thu Huong est née au Vietnam en 1947, dans le delta du fleuve Rouge. Elle est romancière : elle participa à la renaissance littéraire du Vietnam dans les années 1980. Elle est montée au front au moment de la Guerre du Vietnam, mobilisant l’opinion, divertissant les soldats et évacuant les blessés.

Sur le plan international, elle est connue pour sa lutte en faveur de la démocratie, de la paix et des droits de l’homme; et c’est pour cela qu’elle est surveillée par les autorités vietnamiennes (elle a d’ailleurs été emprisonnée pendant plusieurs mois, et a fini par être exclue du Parti en 1990 pour « indiscipline »)

Elle devient une des écrivains les plus populaires du Vietnam avec son livre Au-delà des illusions, une magnifique histoire d’amour mais qui est également déjà une critique du régime, par la dénonciation des mensonges des apparatchiks. Dans tous ses romans, elle fait preuve d’une capacité extraordinaire pour mettre à jour les contradictions des individus, coincés entre aspirations personnelles et devoirs envers la société. Cette société vietnamienne, très codifiée, qui est d’ailleurs encore très féodale sur bien des points, en particulier dans les campagnes (or le Vietnam est encore principalement rural …) : par exemple sur les relations entre hommes et femmes, la relation au travail, la force du parti communiste jusqu’au moindre petit village, etc.

Elle a surtout un style splendide, extrêmement poétique, chantant, en particulier dans les descriptions de son pays; dont elle décrit avec précision la vie sociale.

Elle est la seule figure littéraire vietnamienne qui ait vu ses œuvres intégralement traduites en français (en particulier par la maison Sabine Wespieser Editeur, cf Saga Episodes 1, 2, 3 et 4). Depuis 1991, aucun de ses romans n’a été publié au Vietnam, mais elle y est quand même extrêmement reconnue car, comme l’explique son traducteur, les Vietnamiens ont un très grand respect pour les écrivains :

« La place de la littérature dans la civilisation vietnamienne est énorme pour deux raisons : la première a une origine nationale et la seconde étrangère. Le Việt Nam a une culture très ancienne mais cette grande civilisation n’avait pas d’écriture propre. Le savoir oral se transmettait par une forme d’art populaire appelé le « ca dao » (les chants populaires), une poésie à la rythmique typiquement vietnamienne chantée à travers les différentes régions. Cette langue archaïque représente la moitié de la langue vietnamienne. C’était une langue formée d’adages [que les Vietnamiens utilisaient] souvent pour exprimer une idée. Le principe? Recueillir la tradition populaire pour ensuite l’enrichir, d’où l’importance de la littérature qui véhicule la tradition et la fait évoluer [et] vivre. La seconde moitié de la langue vietnamienne vient du chinois. N’oublions pas que les Chinois ont occupé notre pays pendant dix siècles. Or, dans la culture chinoise l’« honnête homme » est le lettré. Pour les Vietnamiens, c’est celui qui « paye sa dette de vie », autrement dit celui qui doit s’engager dans la société pour devenir un véritable être humain. Conclusion : au Viêt-Nam, il n’y a pas de frontière entre la littérature et la politique à cause de cet engagement nécessaire du lettré. Cela explique la grande estime dans laquelle les Vietnamiens tiennent les poètes et les écrivains. Le pouvoir les craint pour cette même raison. » ( Webzine Eurasie – Entretien avec Phan Huy Đường)

En 1994, Duong Thu Huong a reçu la médaille de chevalier des arts et des lettres. Elle vit en France depuis 2006.

Les livres :

Itinéraire d’enfance (1985) : un court roman, très beau, sur le parcours de 2 enfants à travers le Vietnam, qui vont découvrir des modes de vie différents. Un ouvrage dans la plus pure lignée des romans d’apprentissage, qui peut-être une bonne introduction à son écriture et au Vietnam contemporain.

Au-delà des illusions (1987)

Les paradis aveugles (1988)

Myosotis (1996)

Terre des oublis (Grand Prix des Lectrices de Elle en 2007) : pour moi, le plus beau de ses ouvrages. L’héroïne vit avec son mari depuis 10 ans, a un enfant, les aime de tout son coeur. Or, un jour, son premier mari, que l’on croyait mort à la guerre, revient et la réclame. Suit une lutte terrible entre l’amour et le devoir, l’individu et la société. A lire absolument !

Au Zénith (2009) : dans une veine différente, on a ici deux récits qui se recoupent : celui de la vie de bûcherons dans un petit village vietnamien; et celui d’un vieillard qui se révèle être Ho Chi Minh et qui revient sur sa vie. Des réflexions passionnantes sur l’histoire du Vietnam à la petite histoire de simples paysans, c’est encore une fresque impressionnante et terriblement humaine que nous propose ici Duong Thu Huong.

Roman sans titre (1991, vient d’être réédité aux éditions Sabine Wespieser) : récit de guerre principalement, avec des descriptions extrêmement dures, c’est le roman qui m’a le plus déçue.

Sanctuaire du coeur (à paraître en septembre 2011 aux éditions Sabine Wespieser, qui propose d’ailleurs une rencontre avec l’auteur le jeudi 22 septembre à la librairie La Belle Lurette, Paris IV) à partir de 19h30.

Je vous invite donc à découvrir cet auteur, dont la vie est déjà en elle-même un vrai roman …