Pour compléter ma réflexion et les informations que je vous ai données sur Sabine Wespieser, je voulais préciser certaines choses concernant ce qu’on appelle les « petits éditeurs » ou encore « éditeurs indépendants », c’est-à-dire des éditeurs de petite ou moyenne taille, publiant volontairement peu pour assurer une certaine qualité, et surtout souhaitant être financièrement indépendants.

Par la suite, je vous parlerai que de quelques maisons d’édition intéressantes !

Présentation

En France aujourd’hui, il y a près de dix mille éditeurs, dont plus de la moitié ont publié moins de dix titres.La proportion monte à 80% pour ceux qui ont publié moins de 250 titres. La présence de ces petits éditeurs contribue au dynamisme du monde éditorial, à travers leur production innovante et diversifiée. 

Le marché du livre aujourd’hui

Pour comprendre leur importance, il faut cependant revenir un instant sur le développement actuel du marché : ce dernier est marqué par une forte concentration éditoriale en amont, une part croissante de la grande distribution et des chaînes de librairie, la réduction de la durée de vie d’un livre, l’inflation de la production éditoriale et surtout l’augmentation de la part de l’activité réalisée sur un petit nombre de best-sellers très médiatisés.

Les petits éditeurs

Les éditeurs indépendants se situent donc à la périphérie du noyau formé par les moyennes et grandes maisons d’édition, durablement installées. Leur création est facilitée aujourd’hui par la généralisation des outils domestiques de traitement et de mise en page du texte et de l’image, et par le développement des modes de

transmission numérique, qui ont permis l’abaissement des coûts et des barrières technologiques.

Cependant, leur nombre n’a cessé de diminuer de 1988 à 2005 : on compte quarante créations de maisons d’édition en moyenne par an, contre cinquante pendant la période antérieure. De plus, elles sont souvent frappées par une disparition précoce : en effet, les dix premières années de vie sont décisives, et dépendent entièrement de la stratégie choisie par l’éditeur. En effet, soit il choisit de construire lentement son catalogue, soit il publie davantage mais en adoptant une vision à court terme. C’est souvent cette dernière qui prévaut dans le paysage éditorial, car elle est adoptée par des professionnels du livre, qui savent que la visibilité est essentielle dans le développement d’une maison. S’ils sont connus du monde du livre, cela facilite leur tâche : leur antériorité dans le métier légitime les projets et permet d’aborder des marchés grand public. L’autre éventualité consiste à se concentrer sur des niches éditoriales, peu exploitées. Cette dernière possibilité explique la tendance actuelle à une spécialisation accrue (particulièrement dans

les domaines des sciences humaines, de la littérature et des beaux arts), associée souvent à une limitation du nombre de publications, reflétant une volonté de poursuivre un projet culturel plutôt que d’explorer les potentialités du marché. Ces éditeurs ont à cœur le maintien d’une identité et préfèrent centrer leur politique éditoriale sur un créneau étroit, qui valide une certaine cohérence du catalogue, ce qui permet de le faire connaître et de fidéliser des lecteurs : une diversification trop précoce ou mal préparée pourrait vouer leurs projets à l’échec. Car, dans leur grande majorité, ils publient par amour des livres et non par recherche de rentabilité, même si leurs conditions d’existence dépendent pourtant de cette dernière. 

Cela soulève le problème de la capacité de développement de ces maisons, mais aussi des difficultés qu’elles rencontrent pour faire contribuer leurs fonds à leur équilibre financier. Pour l’atteindre, elles font souvent le choix d’un nombre réduit de salariés, ce qui implique une forte polyvalence de ces derniers et crée de fortes contraintes. Beaucoup d’entre eux préfèrent ensuite pérenniser cette organisation, alors qu’elle était d’abord liée à des moyens financiers limités: ce choix leur permet de mener une politique éditoriale à petite échelle, et réduit les risques financiers.

A suivre …