C’est un livre un peu particulier que j’ai emprunté là : ça faisait un moment que je l’avais repéré et quand je l’ai vu à la bibliothèque j’ai sauté dessus ! 🙂 La Sonate à Kreutzer, de Tolstoï, a suscité beaucoup de polémiques par son sujet et ses propos. Mais surtout, le livre a suscité une réponse de la propre femme de Tolstoï, Sophie. Celle-ci décida d’en publier un texte qui part du point de vue d’une femme et non d’un homme, comme l’a fait Tolstoï. C’est devenu, A qui la faute ? Roman d’une femme.

Il y a de cela quelques temps déjà, j’avais lu une imposante biographie de Tolstoï par Henri Troyat. Les relations qu’il entretient avec sa femme sont extrêmement complexes. On le dit volontiers misogyne (mais ce n’est pas une exception au XIXe, ni au XXe d’ailleurs …) et il se disait volontiers persécuté par sa femme. Au point qu’à la fin de sa vie, il fugua ! il mourut ainsi dans une petite gare de Russie, entouré par une poignée de proches mais non pas avec sa femme.

Et pourtant Sophie Tolstoï a été son soutien durant sa vie entière. Elle lui a donné treize enfants (dont cinq moururent en bas âge), l’a soutenu dans la plupart de ses projets littéraires, et c’est elle qui retapait tous ses manuscrits. Mais ils se sont peu à peu éloignés, s’opposant entre ses conceptions matérialistes et Tolstoï de plus en plus préoccupé de questions éthiques et spirituelles.

Ces deux romans m’ont finalement posé beaucoup de questions.

Dans celui de Sophie, elle présente l’histoire d’une femme qui rêve d’un amour parfait, idéalisé. Elle épouse un homme qui semble répondre à son amour, mais qui en réalité n’a que des désirs charnels, et se fiche totalement d’elle ou des enfants qu’il va lui donner. Pour elle, l’amour existe, et elle ne nie pas la nécessité des désirs charnels, sauf qu’ils doivent pouvoir coexister.

« Elle aurait voulu, au moins pour quelques instants, redevenir ce qu’elle était jadis, oublier les affres de la jalousie, oublier toute cette dernière période marquée par l’amour brutal et passionné de son mari, oublier aussi son indifférence à son égard quand il cessait d’éprouver du désir. »

De son côté, Léon décrit un homme qui avoue dans les premières pages avoir tué sa femme. Il pense l’avoir pris « pure », l’aime mais au bout de 3 jours cet amour disparait. Il finit par la soupçonner de l’avoir trompé. La misogynie, l’égoïsme et l’orgueil de cet homme vont mener le couple au drame. Pour Tolstoï, l’amour n’existe pas et c’est les femmes qui en sont responsables. Pour éviter le joug des femmes, mieux vaut être chaste. 

« Les femmes, telles des reines, tiennent 90% de l’humanité sous le joug de l’esclavage et d’un dur labeur. Et tout cela parce qu’on les a humiliées et privées d’un droit égal à celui des hommes. Elles se vengent sur notre sensualité, nous attrapent dans leurs filets. Oui, tout vient de là. Les femmes se sont muées en armes d’assaut sensuel, au point que les hommes sont incapables d’entretenir avec elles des relations paisibles. »