Aujourd’hui, je reviens sur l’actualité des bibliothèques en Angleterre.

En 2009, dans un numéro du Bulletin des bibliothèques de France, un article traitait de la situation des bibliothèques au Royaume-Uni. Un ancien libraire anglais y faisait état de la mauvaise gestion des bibliothèques, et ce malgré l’augmentation presque constante de l’argent qui leur été alloué. Ainsi, il constate par exemple que le nombre d’inscrits et les prêts ne semblent pas cesser de baisser (un tiers de prêts en moins en dix ans). Il y déplore la mauvaise qualité des collections, l’aspect peu accueillant des bâtiments publics. Mais il y regrette surtout la création de nouveaux services qui semblent avoir peu de liens avec le livre, la part des budgets consacrée à ce dernier ne faisant de baisser. Pour lui, le risque est que les bibliothèques publiques ne deviennent peu à peu que des temples d’un certain consumérisme culturel, tel qu’on peut le voir dans de grands magasins supposés dédiés à la culture. Il remarque que le projet d’équipement des bibliothèques d’un accès public à Internet n’a pas permis d’endiguer la baisse du nombre d’inscrits et de prêts. En corollaire, de nombreux spécialistes font le constat d’une baisse globale de la lecture dans la population anglaise, et ce malgré l’organisation d’une Année nationale de la lecture en 2008 (il est pourtant à remarquer que d’après les statistiques du Derbyshire, cette année a connu un pic important d’inscription aux bibliothèques publiques, avec plus de 30 000 nouveaux membres selon le service statistique du comté; mais bien évidemment il s’agirait d’étudier les statistiques nationales). Enfin, chose dont se sont fait écho de nombreuses personnes au cours de mon stage, on ne peut nier que l’Angleterre a dû fermer un certain nombre de bibliothèques (en deux ans, 34 autorités locales ont dû s’y résigner), souvent dans de petits villages, car incapables d’être financées plus longtemps par le comté. Ce mouvement a été plus ou moins constant depuis les années 1990.

Cependant, dans le même dossier, Anne Goulding évoque la renaissance des bibliothèques britanniques. Elle fait ainsi état d’une allocation du gouvernement s’élevant à 80 millions de livres sterling pour soutenir le développement des bibliothèques dans le cadre du « Community Libraries Programme ». Cela permettrait aux bibliothécaires de pousser les populations locales à s’investir dans les projets engageant des bibliothèques (reconstruction, modernisation ou construction). Il s’agit par exemple de permettre aux personnels des bibliothèques de recevoir des formations nécessaires pour satisfaire les besoins de leur communauté. Le gouvernement soutient donc pour l’instant 274 projets, destinés à améliorer l’accessibilité et l’offre de services personnalisés adaptée à chaque individu. Car la bibliothèque est, en coopération avec d’autres institutions, un réservoir de ressources, essentiel pour l’acquisition des savoirs et l’apprentissage individuel: avec plus de 50% de la population utilisant ce service, elle est considérée comme une partie intégrante de la politique sociale du gouvernement.

Voilà où l’on en était l’année dernière lorsque j’ai quitté le Derbyshire et l’Angleterre : baisse de la fréquentation, des inscriptions et des prêts; inadéquation des bâtiments abritant les bibliothèques; fermeture des plus petites; mais ils permettent également d’être optimiste au vu de la volonté du gouvernement central de remédier à cela, en voulant créer des bibliothèques plus adaptées aux besoins des communautés.

Or, depuis, la donne a radicalement changé.

Vous avez évidemment entendu parler de la crise qui frappe l’Angleterre actuellement (!!!) mais peut-être moins de l’impact que cela a eu sur le budget de la culture. Dans les prochaines années, c’est 400 bibliothèques qui sont amenées à être fermées. Des centaines de bibliothécaires ou agents des bibliothèques ont été poussés à prendre une retraite anticipée ou à revenir travailler en bénévole sur leur lieu de travail. Ce sont surtout les petites bibliothèques rurales qui seront les plus durement touchées, ce qui signifie que des gens qui ont déjà peu accès à la culture seront encore plus isolés. Lorsque j’étais en Angleterre cet été, j’ai visité une petite bibliothèque qui venait d’être refaite à neuf : les habitants du village en était très fiers et en réalité je me suis rendu compte que c’était le seul lieu public où ils pouvaient se rassembler. Il n’y avait plus ni commerces, ni café, ni salle des fêtes et la bibliothèque était leur seul lieu de rencontre, de sociabilité mais également le seul à offrir un accès à la culture, à proposer des événements. Et je me dis que c’est typiquement ce genre de bibliothèque qui va être fermée car elle « coûte cher » et touche peu de personnes. Évidemment il est difficile de mesurer l’impact social ou la qualité de vie qu’elle offre aux habitants du village; par contre les politiques sont très forts pour mesurer ce que cela leur coûte …