L’auteur : Né au Sénégal en 1957, il publie son premier roman en 1998, La Chambre des Officiers. Depuis, il a traité des thèmes extrêmement variés, et a été récompensé par Le Prix des Libraires, Le Prix des Deux-Magots, Le Grand Prix RTL-Lire.  De plus, deux de ses livres ont été adaptés au cinéma, dont celui que je vous présente ici …

Le livre : Ce livre est composé de sept histoires au cours desquelles l’auteur retrace une partie de l’histoire de l’URSS et de la Russie au XXe siècle, à travers trois générations d’une famille. En effet, à partir de l’histoire de l’urologue et de Staline (qui a été reprise par le film du même nom), il nous conduit jusqu’aux portes du XXIe siècle avec la catastrophe du sous-marin Koursk K-141 qui coula en 2000. L’alternance des voix (la mère du narrateur, des officiers staliniens, le marin coincé dans le sous-marin, etc.) donne une profondeur essentielle au récit, qui n’est ainsi pas répétitif mais continuellement enrichi; et rajoute à l’élégance et à la fluidité de la plume de l’auteur.

Ce que j’en pense :

Les nouvelles sont toutes très intéressantes, elles se complètent et permettent de cerner la manière dont fonctionnait la société russe à l’époque. Par exemple, on prend conscience de la terreur psychologique qui régnait sous le stalinisme, de la lourdeur bureaucratique sous les successeurs de Staline, mais également le peu d’améliorations de la vie quotidienne après la chute de l’URSS. En effet, on a l’impression que la société russe n’a pas changé en 2000 par rapport aux années 1950 : les libertés d’expression et d’opinion ne sont toujours pas acquises; des logements sont occupés par plusieurs familles, qui n’ont pas forcément toutes les commodités; les politiques musellent les voix individuelles; etc.

J’ai pour ma part été bouleversée par l’histoire du sous-marin qui a sombré, que je ne connaissais pas. Pour une fois je vous conseille l’article de Wikipédia qui expose très clairement les thèses et les contre-thèses que l’on voit apparaître dans le livre sur les raisons de son naufrage. De plus, Marc Dugain a réussi le pari de nous intéresser à cet accident lointain en plongeant dans la douleur même d’une famille d’un des marins disparus. Certes, cela joue peut-être un peu trop sur la corde sensible des lecteurs, un peu facilement, mais sans trop insister, et il montre d’ailleurs bien que ce n’est pas le cœur du sujet.

Au final c’est un livre très riche, qui montre une réelle maîtrise de son sujet par l’auteur, et qui nous entraîne efficacement dans les méandres de la société russe.« Dans notre pays, on craint autant la parole des morts que celle des vivants, et on lui attache une importance telle qu’un mort n’est enterré que s’il n’a vraiment plus rien à dire. »