Le livre électronique, une révolution technologique ?

    Les supports de lecture ont toujours eu leur importance sur la manière de percevoir le contenu même du texte.

La naissance de l’alphabet a par exemple modifié la manière de lire, en linéarisant l’écriture. Avec l’invention du codex, l’écriture rompt avec la linéarité et exploite la dimension tabulaire de la page: l’oeil circule plus librement et s’affranchit de la lecture à haute voix. La naissance progressive du livre tel qu’on le connaît, avec ses nouveaux outils de lecture (pagination, division en chapitres, table des matières, index, etc.), introduit une troisième dimension: le volume. Le livre ne se donne plus désormais seulement à lire, il peut aussi se consulter: l’encyclopédie en est l’expression la plus achevée. Ces diverses transformations ont eu une profonde influence sur notre rapport au savoir, elles ont façonné notre culture du livre. L’apparition de l’informatique pourrait bien constituer une rupture importante dans cette évolution des supports du livre : la lecture d’un livre sur écran prive désormais le lecteur de l’appréhension physique de son volume, il doit se trouver de nouveaux repères dans une masse de contenus mouvants; de plus le texte lui-même est dématérialisé et on ne peut y avoir accès que par une machine qui décode les lettres codées.

Cependant, après de nombreuses années de laborieux efforts, le livre électronique semble connaître un essor sans précédent. Quelles sont ses qualités par rapport au livre papier ? Il se présente habituellement comme un appareil rectangulaire, de forme allongée comme le livre traditionnel, et il se différencie d’un ordinateur par sa mobilité, son faible poids (moins de 300 grammes), l’absence d’un clavier, ainsi que par sa spécialisation d’usage puisque la plupart des readers actuels ne sont pour l’instant que dédiés à la lecture de livres.

Il offre un certain nombre de fonctions de base, seules ses caractéristiques physiques et quelques options changeant d’un modèle à l’autre : feuilletage des index, sélection et feuilletage d’un texte, signets, grossissement des caractères et changement d’orientation du texte, modification de la typographie, programme de recherche d’occurrences ou de contextes (qui pourrait révolutionner le travail des étudiants et des chercheurs); et surtout accessibilité à un nombre illimité de publications, accès à des contenus associés (dictionnaire intégré, matériel pédagogique, liens multimédias pour des livres pratiques, de voyages,etc.), et disponibilité immédiate de l’ouvrage via une connexion à Internet.

On peut donner quelques exemples des modèles qui se concurrencent actuellement sur le marché. Le Kindle d’Amazon, un des premiers readers de la nouvelle génération, se voit en effet concurrencer désormais par de nombreux autres. Face à cette menace, qui pourrait me faire passer du monopole de 90% des parts de marché du livre électronique à 35%, Amazon a produit un nouveau Kindle, qui coûte près de 300 euros : ce dernier propose 1500 titres (contre 200 seulement avant), la possibilité de lecture à voix haute (avec choix de la vitesse d’élocution et de la voix), un boîtier plus fin, plus léger et plus ergonomique, et surtout une autonomie plus grande.

Face à lui, on peut évoquer l’iRex d’une société néerlandaise qui proposera en 2011 un écran couleur, beaucoup plus grand (10,2 pouces), sur du e-paper (pour éviter le rétro-éclairage, inconfortable à terme car source de fatigue), et qui consommera beaucoup moins.

Le Readius italien proposerait quant à lui un écran flexible de 5 pouces.

Enfin, on peut mentionner le Sony Reader Touch avec son écran tactile, son stylet qui permet des annotations et un clavier pour prendre des notes. Il permettra aussi d’utiliser plusieurs formats de lecture de fichiers, un large choix de polices, etc.

Ainsi, on peut relever que les quatre avancées nécessaires pour gagner des parts de marché semblent être principalement le format (car les éditeurs et les utilisateurs craignent qu’un petit écran n’altère la qualité du texte et le confort de lecture), la couleur, la flexibilité, l’autonomie.

Les critiques les plus fortes émanent pour le moment d’utilisateurs non satisfaits sur le contenu encore trop faible de ces modèles, et surtout sur le prix trop élevé, qui réduit les usagers potentiels. Donc, même si des progrès ont été effectués, le livre électronique ne parvient pas encore totalement à s’imposer face aux multiples avantages du livre papier. C’est ce que remarquait le rapport de Bruno Patino :

« Les readers se sont pour le moment succédés sans qu’aucun d’entre eux ne s’impose. Tout reste ouvert : il n’existe pas de support de lecture numérique de référence. Le livre, contrairement à la musique ou au film, qui ont changé de supports plusieurs fois au cours des dernières décennies, garde pour référence un modèle séculaire. La version papier est il est vrai un modèle assez époustouflant : mobilité, présence d’un moteur de recherche sous forme d’index, système en partie ouvert (on peut écrire dessus, corner les pages, voire, in fine, les déchirer), autonomie parfaite (aucune source d’énergie n’est nécessaire), possibilité d’usage en tous lieux, et chargement instantané et définitif lors de l’acte d’achat. »

Le problème principal auquel se heurte donc pour le moment les concepteurs des livres électroniques est leur caractère rapidement désuet : aucun modèle n’a survécu plus de dix ans depuis les années 1970. Définis comme des « dinosaures du futur » par Daniel Bourrion (Antonutti, Isabelle, « Livre numérique : offres et usages », BBF, 2010, n° 2, p. 82-84 [en ligne] <http://bbf.enssib.fr/&gt;), les livres électroniques semblent avoir encore du chemin à faire avant de permettre une véritable révolution.

A suivre … Episode 4 : une révolution écologique ?

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