Une révolution écologique ?

L’argument écologique pourrait cependant être non négligeable pour sa promotion, à travers des gains d’énergie, de matières.

   Le rapport Patino souligne ainsi que le livre numérique apporte une solution au gaspillage du papier, face aux livres imprimés qui sont pilonnés quand ils sont abîmés ou en surplus. Ce type de livre pourrait assurer une croissance verte puisqu’il n’utiliserait plus de papier, et moins d’énergie par la dématérialisation des échanges d’information. De plus, on ne peut nier qu’à l’échelle individuelle, il est très peu énergivore. Enfin, l’encre électronique est fondamentalement écologique, et elle permet d’envisager le développement de dispositifs légers, fonctionnant aux énergies renouvelables ou avec des batteries recyclables, et de durée de vie beaucoup plus longue que trois ans.

Cependant, en réalité ces avantages ne sont pas si positifs que cela. Tout d’abord, il s’agit de remarquer que l’édition de livres papier ne représente qu’1% de la production de papier dans le monde. Si l’on veut réduire cette consommation, il faudrait d’abord réduire les imprimés publicitaires et les emballages; et non pas le livre imprimé qui représente l’accès au savoir, la démocratisation de la lecture, qui est longtemps réutilisable sans frais et accessible à tous. On peut d’ailleurs réduire son impact écologique avec du papier recyclé dont la fabrication nécessite moins d’eau et moins de bois que le papier issu de fibres vierges.

Ensuite, Sylvain Angerand, chargé de campagne Forêt aux Amis de la Terre France fait remarquer un élément d’importance : « Les produits technologiques nécessitent l’extraction de minerais précieux comme le coltan, le lithium ou les terres rares pour accroître la durée de vie des batteries, augmenter leur rapidité ou pousser la miniaturisation à l’extrême. Or l’exploitation minière est une cause majeure de déforestation, et plus généralement de destruction des écosystèmes. » Le livre électronique, dans toutes ses composantes (cartes mères, coques,…), est donc loin d’avoir une empreinte écologique nulle.

De plus, le bilan écologique comparé du livre numérique et du livre papier est nettement en faveur du second. En effet, selon une étude commandée par Hachette Livre à la société Carbone 4, un livre électronique dégage 250 fois plus de CO2 par an qu’un livre papier et il faut lire au moins 80 livres numériques par an pendant trois ans avec la même liseuse (à supposer qu’on la conserve trois ans) pour l’amortir écologiquement… Or, comme tous les produits technologiques fabriqués ces dernières années, le livre électronique est prévu pour ne durer que quelques années seulement, ce qui justifie l’achat d’un nouveau produit toujours plus performant.

Ainsi, le nouveau marché du livre électronique se centre pour l’instant davantage sur la performance et la qualité que sur la durabilité et l’écologie. Des progrès sont encore à faire et on ne peut parler d’une révolution en comparaison avec le livre papier qui demande beaucoup moins d’énergie et dégage moins de pollution.

A suivre …

Retour à l’Episode 3 : Une révolution technologique ?

Retour à l’Episode 2 : Historique et définitions

Retour à l’Episode 1 : Introduction