Liseuse électronique, livre numérique : la révolution des usages de lecture ?

     Un changement de support n’est jamais neutre : les liseuses vont-elles changer notre rapport à la connaissance? Les modes d’appropriation peuvent être en effet différents car la nature du support et son environnement influencent le mode de lecture.

   En ce qui concerne les liseuses, certains inconvénients pour la lecture ont été relevés par les usagers : le livre devient une surface froide, sans couleurs (d’où l’effort des concepteurs pour améliorer ce point), la main est contrainte à une passivité inhabituelle pour tourner les pages, on perd la sensation du papier tourné, et le bruissement qui en découlait. C’est une certaine nostalgie du livre traditionnel qui ressort de ces premiers échos. Il s’agit de s’habituer à une nouvelle façon de lire, ne serait-ce que pour tourner les pages, ne pas appuyer trop tôt ni d’autre tard, au risque d’attendre un quart de seconde et de couper la fluidité du texte. Mais les usagers ne nient pas qu’il y ait des avantages certains pour le confort de lecture: le livre peut être lu posé à plat sur une table, les pages ne se refermeront pas; on peut bien sûr aussi transporter un choix important de documents sans poids ni volume supplémentaires. Ils insistent beaucoup sur la qualité de lecture qui est offerte et la simplicité d’utilisation des machines.

Ensuite, c’est un autre type de lecture qui est possible, à travers l’opportunité pour le lecteur de naviguer entre les textes et d’échapper aux contraintes de la linéarité grâce à l’hypertexte. Le lecteur participe ainsi à la constitution de son propre texte : les activités d’annotations, de prise de notes, de citations ou de réécriture se trouvent grandement facilitées par les nouveaux supports électroniques.

Pour le moment donc, les lecteurs balancent entre les deux supports, n’en faisant pas la même utilisation : ils en retirent principalement des complémentarités, à la fois en recherchant ce qui rapproche le livre électronique du livre papier (pour le confort et la facilité d’usage), mais aussi sur les nouveautés que ce premier apporte (de nouveaux modes d’interaction avec le texte, pratiques pour la recherche et le feuilletage).

   Il faut alors également s’interroger sur les modifications qui interviennent dans le rapport même aux contenus de ces liseuses, c’est-à-dire à ce qu’on appelle un livre numérique. Car de nombreux experts ont remarqué que l’on lisait différemment ces textes numérisés et disponibles sur Internet ou sur liseuses. En effet, le livre papier, œuvre finie et bien délimitée dans l’espace, nécessite une lecture linéaire, inscrite dans un contexte défini. Cette lecture est qualifiée de profonde, point d’ancrage pour une pensée cohérente et articulée. Au contraire, la lecture sur écran interdit d’abord la prise de conscience de l’importance physique de l’ouvrage, et facilite une lecture segmentée, à travers les liens de l’hypertexte. Elle répond au culte actuel de la vitesse, qui nécessite moins d’attention puisqu’on peut avoir un accès immédiat à toute information, et entraîne aussi une perte du sens critique, la ressource étant souvent présentée hors contexte.

Ainsi, le livre numérique et le livre électronique entraînent bien des modes de lecture différents, que ce soit au niveau des contenus ou du support physique.

A suivre …

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