Aujourd’hui je veux vous faire découvrir une fable que j’ai découvert il y a peu, par un auteur bien moins connu que La Fontaine et qui pourtant a écrit de très belles choses : Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794).

Issu d’une famille noble, il est destiné au métier des armes mais a la chance de pouvoir suivre le duc qu’il servait à Paris. Il est élu à l’Académie française après la publication de plusieurs de ses œuvres. Inquiété pendant la Révolution, il meurt peu après avoir été libéré, probablement des suites de sa détention.

   Le critique Dussault (1769-1824) écrit dans ses Annales littéraires : « Tous ceux qui ont fait des fables depuis La Fontaine ont l’air d’avoir bâti de petites huttes sur le modèle et au pied d’un édifice qui s’élève jusqu’aux cieux ; la hutte de Florian est construite avec plus d’élégance et de solidité que les autres et les domine de plusieurs degrés ». Il est d’ailleurs le fabuliste le plus reconnu après La Fontaine. De son vivant, 112 fables ont été publiées; et 12 l’ont été à sa mort seulement.

   La morale de certaines de ses fables sont connues : « rira bien qui rira le dernier »; « éclairer sa lanterne »; « Chacun son métier, les vaches seront bien gardées« . Cela vous dit quelque chose ? 🙂

    En attendant, je vous laisse découvrir cette fable que j’aime beaucoup ! Vous pouvez apprécier la poésie de la langue, la fraîcheur du sujet, la légèreté du style et la morale habilement tournée …

Le grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
je n’ai point de talent, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.