Une révolution dans le monde des professionnels du livre ?

Pour les éditeurs et les libraires ?

Pour les éditeurs

Les professionnels du monde du livre en France semblent unanimes : la part du livre numérique serait largement inférieure à 1 % du marché. Cependant, devant l’essor que connaissent les supports électroniques, que nous avons déjà évoqué, les éditeurs se sont retrouvés obligés de s’adapter à cette évolution et ces nouveautés. Ainsi, il s’agit d’abord pour eux de réagir aux actes de piratages, par exemple ceux de Google, pour défendre les droits d’auteur : c’est à eux de montrer une certaine vigilance au niveau européen. Mais pour éviter cette dérive, le plus efficace est pour eux de développer une offre légale de qualité. Certains secteurs comme l’édition juridique et scientifique sont particulièrement avancés dans ce domaine et prévoient que d’ici cinq ans, 50 % de leur marché concernera des contenus en ligne. L’exemple le plus parlant est celui de la société belge Cairn qui diffuse 60 éditeurs de sciences humaines en langue francaise (260 revues): elle est aujourd’hui très ancrée dans le monde universitaire, et connaît une croissance continue. D’autres secteurs se préparent à cette évolution depuis quelques années, avec deux aides: une réflexion concertée au sein du SNE et des autres professionnels du livre; et un partenariat public-privé, en travaillant avec le Centre National du Livre et la Bibliothèque Nationale de France (portail Gallica 2, qui a rassemblé une centaine d’éditeurs et réussi à mettre 8000 livres en ligne, soit plus de 10 % des parutions annuelles).

Enfin, cette évolution du marché du livre nécessite un investissement pour la transformation des modes de production, pour produire par exemple simultanément des versions numériques de leurs ouvrages imprimés. Ils travaillent désormais à numériser leurs fonds, à intégrer le numérique dans les contrats de droits d’auteur et à réfléchir au cadre juridique de vente via les libraires. Ainsi ont été mis en place des Digital Rights Management qui permettent de contrôler l’utilisation qui est faite des œuvres numériques, par des mesures techniques de protection. Ils ne permettent pas seulement de « verrouiller » les œuvres, mais aussi de définir des usages et des modèles économiques: impression du texte ou non, prêt pour les bibliothèques… Bref, à la condition de ne pas imposer de contraintes techniques excessives aux lecteurs, elles sont favorables à la création d’un marché du livre numérique en France.

Cependant, une des questions cruciales qui se pose pour le monde de l’édition est celle du prix du livre numérique : au premier abord, un prix moins élevé paraît logique puisque les éditeurs pourront économiser de nombreux coûts en passant au livre numérique, car on supprime le risque d’invendus, ainsi que le phénomène des livres épuisés. Néanmoins, si l’éditeur économise le prix de l’imprimeur, les frais de logistique liés au papier, de nouveaux coûts sont liés au livre numérique: coûts de conversion des fichiers, voire de numérisation, coûts de stockage des fichiers, coûts de sécurisation des fichiers, frais juridiques liés à l’adaptation des contrats d’édition et à la défense contre le piratage, etc. De plus, il aura toujours besoin d’un e-distributeur et de sites de vente en ligne. Enfin, la TVA du livre numérique reste fixée à 19,6% alors que celle du livre papier est de 5,5% : le premier représente donc un surcoût de 14%. La loi sur le prix unique du livre numérique va uniformiser ce problème.

 Pour les libraires

Les libraires sont également directement concernés par le développement des liseuses et du livre numérique. Ils se sont ainsi mis au travail pour proposer des sites de téléchargement et continuer de remplir leur mission de médiateurs, dangereusement ébranlée par la diffusion directe des ouvrages. Ainsi, la librairie Le Divan à Paris propose déjà sur son site internet une cinquantaine de titres, avec l’aide de Gallimard.

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Retour à l’Episode 2 : Historique et définitions

Retour à l’Episode 1 : Introduction