Une révolution dans le monde des professionnels du livre ?

Pour les bibliothécaires ?

    L’objectif de tous ces nouveaux supports n’est pourtant pas prioritairement de vendre des appareils, mais bien de vendre des contenus, des livres numérisés. Les bibliothèques vont donc jouer un rôle important : proposer des centaines de livres dans un seul appareil remet en cause une partie de leur vocation, qui est celle de la conservation et de la diffusion. Mais quelles que soient les évolutions technologiques, la bibliothèque publique demeure une institution de formation, une institution culturelle, une source d’informations et un lieu de communauté et de sociabilité.

   Dans ce contexte, la liseuse comporte des avantages indéniables : donner accès au flux d’informations sur un réseau, une capacité de stockage supérieure à celle d’un seul livre traditionnel, et qui permet en outre de juxtaposer des contenus hétérogènes (livres, articles, notes personnelles, etc.), une lisibilité et un confort de lecture importants (utilité pour le public des mal-voyants, mais aussi pour les jeunes publics). Le livre électronique semble correspondre à deux tendances profondes dans le comportement des publics, qu’ils soient ceux des librairies ou des bibliothèques : la tendance à l’intégrale et à l’exhaustif et la tendance à l’extrait immédiatement utile.

   Certes les liseuses reposent sur des logiciels « propriétaires » et n’autorisent pas le prêt d’un texte indépendamment du dispositif permettant de le lire. Mais ils permettent la prise de notes autour du texte, alors même que les règlements de toutes les bibliothèques interdisent cet usage sur le livre imprimé traditionnel. On peut citer ici deux recommandations du Rapport Cordier sur le livre numérique à propos du rôle des bibliothèques: « Faciliter l’accès aux produits culturels numériques et permettre aux espaces de lecture publique de tirer le meilleur parti possible de l’utilisation des nouvelles technologies et développer les facilités d’accès à un fonds numérisé aussi vaste que possible». Pour les bibliothèques, peu importe que la forme, le design et les spécifications techniques de ces e-books évoluent très rapidement. L’essentiel, c’est la transmission et la consultation rendues possibles de contenus textuels en ligne.

   Il faut ajouter que les bibliothèques françaises, avec des degrés d’implication et de développement plus ou moins avancés suivant leurs missions et leurs publics, sont engagées depuis plusieurs années déjà dans la mise à disposition et la constitution de ressources numériques. Le prêt de tablettes s’est aussi développé, avec des ouvrages libres de droits assortis de romans récents achetés chez Numilog, comme dans la médiathèque d’Issy les Moulineaux par exemple. Les avis des utilisateurs sont partiellement négatifs (mauvaise ergonomie, mode d’emploi sommaire, problèmes de mise en page) mais aussi positifs, qui apprécient les qualités générales des machines de lecture comme le faible encombrement, la facilité d’utilisation, la capacité de stockage et le confort de lecture. L’avenir des bibliothèques réside dans cette offre complémentaire entre imprimés traditionnels et ressources électroniques.

Retour à l’Episode 6 (1) : Une révolution dans le monde des professionnels du livre ? Pour les éditeurs et les libraires ?

Retour à l’Episode 5 : Liseuse électronique, livre numérique : la révolution des usages de lecture ?

Retour à l’Episode 4 : Une révolution écologique ?

Retour à l’Episode 3 : Une révolution technologique ?

Retour à l’Episode 2 : Historique et définitions

Retour à l’Episode 1 : Introduction