L’auteur

Arthur Miller (1915-2005) est un dramaturge américain, né d’une famille d’immigrés polonais juifs. La Grande Dépression ruina son père, ce qui amena la famille à déménager pour Harlem. Élève médiocre, considéré comme non-intellectuel, il doit commencer à travailler dans un entrepôt de pièces détachées pour automobiles. Il économise une partie de son salaire pour postuler à l’Université du Michigan, où il est reçu (la deuxième fois seulement). Il y étudie le journalisme et le théâtre : il s’est ainsi beaucoup intéressé au théâtre antique grec et aux pièces d’Ibsen. Il a écrit en particulier Les Sorcières de Salem (1953) et Mort d’un commis voyageur, pièces toujours abondamment jouées. Il sera politiquement actif toute sa vie.

En 1949, Mort d’un commis voyageur gagne le prix Pulitzer (catégorie drame), six Tony Awards et le New York Drama Critics Circle Award. C’est la première pièce à avoir jamais gagné les trois.

Arthur Miller est sans conteste le pionnier du développement d’une nouvelle forme du théâtre américain.

Le livre

Dans la nuit, cerné par les hauts blocs d’immeubles enserrant sa petite maison, un homme plante des graines à la lumière d’une lampe de poche. C’est un homme comme tant d’autres, fasciné par l’argent et la réussite, qui arrive au bout de trente années de travail dans la même entreprise. Il va pourtant perdre son emploi -et décevoir irrémédiablement sa femme et ses deux fils. Lorsque la pièce commence, il est déjà perdu.

Ce que j’en ai pensé

C’est une lecture agréable et facile, écrite dans un style direct et réaliste. Ce ne sera cependant pas la première fois qu’en lisant une pièce de théâtre, je me dis que je devrais arrêter de le faire ! En effet, lire une pièce de théâtre enlève toute une partie de l’intérêt puisque la volonté de l’auteur est de créer un spectacle vivant, destiné à être vu et non lu. A la limite il faudrait le lire uniquement après avoir vu au moins une fois la pièce, de manière à apprécier davantage tout ce qui n’est pas textuel…

Dans le cas de cette pièce, le jeu scénique est extrêmement important car il y a sans arrêt des flash-back par le commis qui revient sur sa vie, sur des conversations qu’il a eu, etc. Cependant, cela n’empêche pas une partie du plaisir, qui est celui des mots et de la thématique traitée.

Cette pièce tragique commence sur le bilan d’un commis voyageur qui a donné tout ce qu’il a pu pendant des années à l’entreprise qui l’employait, et à sa famille. On se rend compte qu’en réalité c’est un bilan négatif : espoirs déçus pour ses deux fils, Biff et Happy; étouffement de sa femme qui lui reste pourtant fidèle; non-reconnaissance de son patron qui estime qu’il est dépassé. Il est complètement en décalage avec une époque qui est celle de la société de consommation, où un commis voyageur n’a plus sa place. Par la succession des dialogues, on voyage sans arrêt entre un passé heureux et un présent raté, qui laisse percevoir l’évolution des relations entre tous les personnages.

J’en suis ressortie avec un certain malaise, partagée entre la compassion pour ce pauvre homme qui est éjecté de la vie par une époque qui ne le comprend pas (à travers ses fils) et qu’il ne comprend plus (il ne s’est pas rendu compte que son métier avait évolué); et l’idée qu’il l’a mérité par la manière tyrannique dont il essaye de gérer la vie de ses fils, par son autorité et en jouant sur le respect que ceux-ci lui garde encore.

Finalement cette pièce a peut-être un peu vieillie car même si elle éclaire bien les évolutions de la société américaine du milieu du XXe siècle, la morale qu’elle distille me semble dépassée.

Je serai cependant curieuse de voir un des nombreux films qui l’ont adapté, ou alors de la voir au théâtre pour mieux me rendre compte …

Incursions dans le texte

« Le monde est une huître, mais on n’ouvre pas une huître avec douceur.« 
 
« Un commis voyageur, c’est un type qui ne se fixe pas dans la vie. C’est pas un type qui serre des écrous, ou qui rend la justice, ou qui prépare des cachets d’aspirine… C’est un type tout seul… un type libre… qui fait sa vie avec des sourires et des chaussures bien cirées… Oui. Et le jour où on ne lui rend plus son sourire, c’est la fin du monde. Ce jour-là, il n’a plus qu’à perdre la boule… ce jour-là, il est fichu. (…) Un commis voyageur, ça doit rêver, mon garçon… ça fait partie du voyage… «