L’auteur

Il a vécu à Paris, puis en Afrique où il a travaillé dans un bureau d’études en Tunisie. Il vit aujourd’hui en Savoie avec sa femme et ses deux filles. Après le succès en 1999 de Neige (traduit en 17 langues), il se consacre entièrement à l’écriture et enchaîne les romans et les voyages. Il collabore depuis 2010, en tant que reporter, à Alpes Magazine.

Le livre

A la fin du XIXème siècle, Yuko Akita vit dans les montagnes au Nord du Japon, là où les neiges sont éternelles. Il annonce un jour à son père qu’il veut devenir poète. A partir de là, il apprend l’art de composer des haïkus, courts poèmes de trois vers et de dix-sept syllabes. Son thème principal est la neige, qu’il trouve magnifique et dont il ne se lasse pas d’évoquer les beautés. Un jour, quelqu’un lui conseille d’ajouter de la couleur à ses poèmes. Yuko va donc partir à la rencontre d’un peintre, Soseki, qui saurait lui enseigner l’art des couleurs. Sur la route, il va faire une rencontre qui changera sa vie …

Mon édition était très belle car illustrée très richement par des aquarelles. De plus, les chapitres sont courts, bien aérés, à la manière de poèmes. J’insiste sur ce point car je pense que le graphisme et la présentation d’un livre influe sur la lecture et sur ce qu’on va en tirer. En l’occurrence, les aquarelles complètent le texte et rajoutent à la poésie du texte.

Ce que j’en ai pensé

Un véritable chef-d’oeuvre, à découvrir d’urgence. D’abord un peu déconcertée par la présentation du texte, j’ai tout de suite été happée par l’écriture poétique de Maxence Fermine, qui m’avait déjà séduite dans Le Papillon de Siam. J’ai eu l’impression d’un coup que je devais adopter une lecture lente, me laisser pénétrer par la poésie des mots, des situations, des paysages (voir les citations). Et c’est ce que j’ai fait, vivant une expérience riche et intense, qui m’a apaisée et ressourcée.

Il est difficile de vous en dire plus sans dévoiler la magie de l’histoire, qui prend la forme à la fois d’un conte initiatique et d’une histoire d’amour.

Incursions dans le texte

« – La poésie n’est pas un métier. C’est un passe-temps. Un poème, c’est une eau qui s’écoule. Comme cette rivière.
Yuko plongea son regard dans l’eau silencieuse et fuyante. Puis il se tourna vers son père et lui dit :
– C’est ce que je veux faire. Je veux apprendre à regarder passer le temps »
 
« La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l’âme. Un poème est un tableau, une danse, une musique et l’écriture de la beauté tout à la fois.
En vérité, le poète, le vrai poète, possède l’art du funambule. Écrire, c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, d’une oeuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c’est avancer pas à pas, page après page, sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier de sa plume, sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus d’aller tout droit, en une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de ne jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité, le plus difficile, c’est de devenir un funambule du verbe. »
 
« Il y a deux sortes de gens.
Il y a ceux qui vivent, jouent et meurent.
Et il y a ceux qui ne font jamais rien d’autre que se tenir en équilibre sur l’arête de la vie.
Il y a les acteurs.
Et il y a les funambules. «