L’auteur

A son époque, on a énormément reproché à Françoise Sagan (de son vrai nom Françoise Quoirez; 1935-2004) son goût pour la provocation alors que pour beaucoup, elle était un symbole de la modernité et de la révolution féministe. Elle faisait partie d’une jeunesse argentée, désabusée et qui aimait boire, conduire et faire la fête. Ses romans et pièces de théâtre ont connu un grand succès, lui apportant argent et gloire, avec en premier lieu, Bonjour tristesse publié en 1954. Après un scandale lié au fisc, elle meurt désargentée et à l’écart du monde. Elle a écrit son dernier livre en 1996.

Le livre

En 1942, Constantin von Meck, metteur en scène allemand qui a fait toute sa carrière aux Etats-Unis, traverse une phase personnelle difficile et accepte de travailler pour l’U.F.A, une société productrice nazie, pour lequel il va réaliser quelques films. Tentant de se concentrer sur son travail, entouré d’amis et d’ennemis, il va devoir affronter l’horreur de la guerre et des atrocités nazies, par la main même de ses compatriotes. A travers les épreuves qu’il va vivre, il va devoir s’affronter soi-même et rompre avec une indifférence facile et cynique à l’égard du monde qu’il l’entoure.

Ce que j’en ai pensé

Ce livre marque ma découverte de Françoise Sagan (en réalité, j’ai lu Bonjour Tristesse il y a quelques années, mais je n’en garde qu’un souvenir vague, et il me semble qu’il faudrait que je le relise.) Je ne connaissais donc pas son style, ni les thèmes qu’elle traitait. J’étais totalement neutre de tout préjugé vis-à-vis de cette lecture, conseillée gentiment par Delphine.

Et c’est un coup de coeur ! : vous savez, quand vous lisez quelques lignes et qu’on se trouve happé par le style, la narration, dès la première page ? C’est de plus en plus rare, et quand ça arrive, c’est un véritable bonheur pour moi ! Bref j’ai littéralement dévoré ce roman !

Pourquoi l’ai-je autant apprécié ?

Pour les personnages : Wanda, Constantin et Romano sont, entre autres, des personnages puissants qui vont durablement me marquer. En effet, Sagan nous fait rentrer dans leur intimité, à travers le regard de Constantin, et nous met face à toutes leurs faiblesses, leurs contradictions.

A lui seul, Constantin tient toute l’histoire à bout de bras. C’est un personnage extrêmement riche, mais ambigü entre ce qu’il est (allemand, metteur en scène, profondément américain, décalé vis-à-vis de la société), ce qu’il a fait (tourner des films), qui il a aimé (les hommes, les femmes) et ce qu’il voudrait faire (rester auprès de Wanda, rentrer en Amérique). Petit à petit, il perd ses certitudes, son optimisme, jusqu’à cette phrase : « il n’avait jamais cru jusqu’à ce matin que quoi que ce soit puisse compromettre un homme; il lui avait fallu le pire pour croire au mal, le mal pour croire au bien – et le spectacle de ce matin pour découvrir ce bien indispensable. » où il perd définitivement une grande partie de son innocence et des oeillères qu’il s’était placé lui-même pour ne pas voir la saleté du monde qui l’entoure et avec lequel il collabore d’une certaine façon. « Seulement à cette heure-là justement, le Constantin allègre et vainqueur n’existait plus ; il n’était qu’un reflet, un paravent, un mannequin de paille chargé d’écarter de lui les oiseux féroces et piaillards – aussi bien jadis les producteurs d’Hollywood qu’aujourd’hui les sbires de la Gestapo ».

Pour le contexte historique : Loin de n’être qu’une enième histoire sur la Seconde guerre mondiale, Sagan offre un angle intéressant, celui d’un Allemand qui retourne dans son pays après des années d’exil et qui ne se reconnaît plus dans ses compatriotes. Les réflexions qu’il fait sur le décalage entre les années où il a fait ses études et la situation actuelle sont intéressantes : on y voit tout le chemin parcouru par le peuple allemand; les racines de la guerre et du nazisme.

Mais Sagan ne juge pas, elle scanne, expose, sans pousser à un apitoiement inutile.

– Pour un certain humour qu’elle glisse ici et là, et qui est incarné principalement par Constantin.

– Pour son écriture : simple, belle. Extrait :« Et le cri de cet oiseau solitaire, dansant dans le soir naissant au-dessus des blés et entre des hommes qui allaient tuer sans raison, le cri de cet oiseau fendit un instant le coeur de Constantin. Ce cri parlait d’autre chose ; il parlait des saisons, de gestes, de bonheurs, de rendez-vous, d’enfance, de rencontres, il parlait de la douceur des soirs d’été, il parlait d’habitudes, de moissons, il parlait de la vie passée et de la vie à venir; il n’avait rien à voir avec la mort ni avec cette mitrailleuse … »

Bref c’est un ensemble de choses que j’ai aimé dans ce livre, qui m’a littéralement transporté; et qui me donne envie de découvrir davantage de Françoise Sagan !!!