Devant l’intérêt suscité par mon interview de l’éditrice en Angleterre, j’ai proposé à certains utilisateurs de liseuses électroniques de répondre au même questionnaire, afin de mettre en parallèle différentes utilisations et avis sur cette technologie. C’est d’abord un blogueur, The SFReader qui s’est proposé et qui a accepté que je publie ses réponses ici.

1. Quel modèle utilisez-vous ?

Un Nook Classic, mais je compte en changer rapidement à cause de problèmes d’écran.

2. A quels moments et où l’utilisez-vous le plus fréquemment ?

Le soir chez moi, et pendant ma pause déjeuner à la médiathèque de mon Comité d’Entreprise. Aussi quand je fais les courses, en attendant que la caissière ait fait passer les 3 caddies plein devant moi.

3. Quelles sont les fonctionnalités de ce modèle et quelles sont celles que vous jugez le plus utiles et dont vous vous servez le plus ?

En plus des fonctionnalités de base, ce modèle propose un petit écran LCD tactile, mais c’est finalement assez accessoire. Sinon, celle que j’utilise le plus est le dictionnaire intégré. Je lis principalement en anglais, et même si je me sens plutôt à l’aise, il m’arrive d’avoir des doutes ou des manques. L’intégration du dictionnaire me semble très pertinente, et même si l’ergonomie d’utilisation n’est pas parfaite (vivement que j’achète une liseuse « Touch »), elle est presque infiniment supérieure à l’ancienne version, avec un pavé à trimballer. A noter qu’un plus grand choix de dictionnaire pourrait être une bonne idée, ainsi que par exemple l’ajout de dictionnaires plus spécialisés, par exemple une édition « pour enfants ».

4. Quelles sont celles qui manquent ?

Il me manque un affichage couleur et animé, afin de pouvoir lire des livres à ma petite fille. Pour autant, je ne suis pas prêt à  sacrifier mon confort de lecture lié à l’encre électronique en passant à une tablette avec écran LCD. Je suis sur une liseuse, j’y reste.
 

5. Combien de livres pouvez-vous y stocker ?

Un paquet. Tous ceux que j’achète, afin de les avoir sous la main le jour où je cherche un autre livre à lire. Pour l’instant, je n’ai jamais été limité par la capacité de mon lecteur, mais avec sa carte mémoire supplémentaire, au lieu d’un seul paquet, elle peut en contenir une dizaine.  
 

6. Comment vous procurez-vous les contenus que vous y lisez ?

J’achète de préférence sur le site Smashwords et à défaut chez Amazon. Mon Nook possède un accès intégré au magasin « Barnes & Noble », mais cet accès étant restreint au territoire américain, je ne l’utilise jamais.
 

7. Quelle utilisation personnelle et professionnelle en faites-vous ?

Je ne l’utilise pas professionnellement, (car pas besoin), par contre je l’ai essayé pour lire des publications scientifiques en PDF, et le résultat était extrêmement décevant.  Par contre, je l’utillse beaucoup  pour les lectures loisirs. Je crois que certaines autres liseuses sont plus adaptées pour lire du PDF.
 

8. Comment choisissez-vous ce que vous y lisez ? Votre choix est-il différent selon que vous allez lire en numérique ou en papier?

Mon goût et mes choix personnels me portent vers les livres auto-publiés, principalement en anglais, dans les genres SF et Fantastique. Je les découvre principalement par l’intermédiaire de forums de discussion. J’apprécie les prix bas et la forte rémunération aux auteurs (70%) auto-publiés, qui me fait presque considérer mes achats comme des actes de « mécénat ». Lorsque je trouve un auteur que j’apprécie, je suis moins enclin à prendre en compte l’aspect « prix » pour acheter ses autres livres.
Je ne lis presque plus sur papier. 

9. En faites-vous la même utilisation que pour le papier ?

Non, pas vraiment. Déjà, je lis plus qu’avant. Ensuite, du fait du plus faible prix des livres numériques en auto-publiés, je suis plus facilement tenté pour faire des nouvelles découvertes et diversifie mes choix. A noter que si du coup je suis tombé sur plusieurs mauvais livres, je suis aussi tombé sur un bon nombre de bonnes (voire très bonnes) surprises. Dans tous les cas, je crois que mon budget lecture a augmenté.
 

10. Quels avantages et fonctionnalités mettriez-vous en avant ?

Un confort de lecture amélioré, et plus facile à emmener avec moi, un « dés-engorgement » de mes espaces de rangement, un choix plus grand et plus ouvert… Le dictionnaire intégré me permet également de mieux comprendre les nuances des textes, et d’enrichir mon anglais.
 

11. Avantages et défauts par rapport au papier ?

Un grand avantage est que je peux maintenant partir en vacances sans avoir à me préoccuper du poids des livres dans mes bagages, je peux conserver ad-vitam-eternam mes livres sans avoir à réserver d’espace pour les ranger. Par contre, il faut aussi prévoir une stratégie de « sauvegarde » et  duplication des fichiers afin de parer les coups durs matériels liés à un appareil plutôt fragile. 
Ma stratégie prends en compte la conservation dans « le Nuage » par les fournisseurs, mais aussi la non « garantie » de durée de ce service. Elle gère également la présence de DRMs sur les livres, même si j’essaie pour la plupart de n’acheter des livres que s’ils n’en sont pas souillés.
Un autre désagrément de la version « numérique » est qu’en cas de problèmes matériels (ce qui est mon cas actuellement), c’est l’accès à l’ensemble des livres de la bibliothèque qui est gêné. 
Côté papier,le côté matériel est plutôt rassurant. D’autre part, alors que je ne transmet des copies de livres numériques qu’avec l’accord express des ayants droits, je n’ai aucun remords à transmettre/prêter mes livres en version papier. 

12. D’après vous, quelles potentialités cette nouvelle technologie peut apporter aux éditeurs ? (risques et avantages) Son usage est-il fréquent dans ce secteur ?

Ne faisant pas parti du milieu de l’édition, je ne peux pas répondre à cette question en connaissance de cause. Par contre, je vais donne mon opinion au vu de ce que je perçoit de l’édition en réponse à la  14ème question.Pour cette question ci, je vais plutôt « détourner » la question pour la mettre dans mon contexte, celui de lecteur. 
 

12bis. Quelle influence a t-elle sur votre vécu de lecteur ?

Sans aller jusqu’à dire que la liseuse a révolutionné ma lecture, je peux très clairement affirmer qu’elle m’a ouvert un horizon de lecture : Passé les premiers jours, où j’ai beaucoup acheté sur le site d’un éditeur reconnu dans le domaine de la SF et le Fantastique (Baen/Webscription), j’ai eu besoin de changer de genre, et de diversifier ma lecture et suis tombé sur les livres « indépendants ». Maintenant largement 90% de ma lecture est auto-publiée (principalement en anglais). Ce changement de « fournisseurs » me permet entre autres raisons de diversifier mes achats à moindre « risque », de dialoguer avec les auteurs et de mieux les rémunérer.

 

13. Considérez-vous les liseuses comme une solution « durable » dans le temps, respectant les considérations écologiques à la mode en ce moment ?

J’ai acheté une liseuse il y a un an, et vais la remplacer rapidement maintenant du fait de défauts sur son écran. Je ne sais pas dans quelle mesure son « bilan » écologique est plus ou moins équivalent à la même version « papier », mais je pense malheureusement qu’elle ait été durable.
Mais ce n’est qu’un unique échantillon, et je n’ai pas été tendre avec elle. Peut-être sa remplaçante sera t-elle plus durable…

14. Pensez-vous que les liseuses finiront à terme par remplacer les livres papier ? Pourquoi ?

Mon analyse est la suivante :
Je pense que la lecture numérique, sur matériel spécifique tel que la liseuse ou sur matériel généraliste comme PC, tablettes ou Smartphones,  va assez rapidement concurrencer le livre papier. 
En retirant des ventes au papier, il diminuera les économies d’échelles réalisées sur celui-ci, augmentant donc indirectement le prix de production et donc de vente. 
Si l’offre numérique est plus abordable, les consommateurs se tourneront vers celle-la, quitte à se reporter sur les offres d’auteurs auto-publiés. Dans le cas contraire, ils se tourneront soit vers d’autres loisirs moins chers, soit vers le piratage. 
La hausse de prix du livre papier va indirectement augmenter le prix de celui-ci et progressivement le chasser des formats économiques, le poussant à se recentrer sur les éditions de prestige. La préférence individuelle de certains 
 
Il est évident que si cette bascule, dont le lecteur sera le moteur, se fait, elle aura des impacts forts sur l’ensemble de la chaîne du livre, de l’auteur au libraire. Que cela ne se fera pas sans mal ou sans casse ne fait également aucun doute, mais à mon avis, auteur et lecteurs y trouveront leur compte.
En plus de cette bascule, de nouveaux types de produits ou services périphériques au livre vont se créer, par exemple des cartes-livres, donnant un support matériel permettant d’offrir des livres sur une carte type bon-cadeau, et répondant par là même au besoin « matériel » de certains. Un libraire pourra continuer son travail de conseil, mais avec une nette diminution de sa charge de manutention et, pour peu que les techniques correspondantes soient développées, sans enchainer sa trésorerie aux tonnes de livres de l’office. Outre l’idée des carte-livres et un complément avec des livres papiers imprimés à la demande (POD) pour les irréductibles du papier et les exemplaires de présentations, on peut imaginer l’utilisation de machines type espresso pour imprimer sur place.
 
Les grandes perdantes de l’histoire seront sans doute les maisons d’édition, ainsi que l’ensemble du circuit d’impression/manutention/logistique/distribution, qui vont devoir rogner sur leurs marge, et adapter leur réseau à un volume matériel en très nette diminution. Le fait est également qu’une grande partie de la valeur ajoutée des maisons d’édition est liée à ce circuit, et la bascule au numérique remettra en cause les équilibres établis entre auteurs et éditeurs, qui jusque là rendaient quasi-impossible l’accès direct au marché aux auteurs indépendants.
Outre les maisons d’éditions, les agents ont également beaucoup à perdre, et avec l’affaiblissement des éditeurs, il leur faudra également trouver une nouvelle place dans le paysage, mais je suis  tout à fait d’accord avec Hélène Ferey concernant l’aberration et le conflit d’intérêt que constitue pour eux un passage à un mode mixte agent/éditeur.
 
Enfin, les problèmes liés à la « volatilité » des livres, qui peuvent traverser les frontières malgré les contrats d’édition mettent justement en évidence l’inutilité/l’absurdité des géo-restrictions pour les livres numériques. Alors que ces contrats d’édition restreints à un territoire avaient un sens pour le livre papier, contraindre ainsi les versions numériques me semble une aberration.