Je vous avais déjà parlé de Duong Thu Huong dans un article cet été. Mais la semaine dernière, je l’ai rencontrée en chair et en os ! En effet, la librairie A la belle lurette organisait une rencontre avec elle à l’occasion de son nouveau roman, Sanctuaire du Coeur, que j’ai d’ailleurs acheté et dont je vous parlerai quand je l’aurai lu ! Il est particulier car il concentre tous les thèmes abordés dans ses romans précédents (guerre, misère, corruption, argent, pouvoir). Vous pouvez en voir la description sur le site de l’éditrice.

Dans mon précédent article, j’avais surtout parlé de ses livres, mais cette rencontre a été l’occasion d’en apprendre plus sur sa vie et sur elle. Par exemple :

– Elle est entrée au parti communiste sous la pression seulement, et s’en est vu exclure à la suite de ses critiques brutales contre un régime d’apparatchiks (elle a aussi écopé de 8 mois de prison, sans procès préalable, et elle a été libérée uniquement sous la pression internationale)

– Après 1991, au moment où elle est sortie de prison, elle a été censurée au Vietnam : interdiction de citer son nom, ses livres; et elle est assignée à résidence.

– En 1994, elle est nommée Chevalier des Arts et des Lettres en France, pays qui lui propose d’ailleurs l’asile politique. Elle refuse et ne s’y rendra que quelques années plus tard, pour y écrire Au Zénith. Seulement, lors de son séjour, elle perd ses papiers. Depuis, le Vietnam lui refuse un autre passeport et elle ne peut y retourner. Elle est l’ennemi public n°1 là-bas, tant qu’elle refuse de reconnaître le gouvernement (on lui a même proposé un poste de ministre, mais ce serait pour elle trahir ses idéaux et tous ses amis morts pour le même combat).

– Ses enfants et ses petits-enfants ne peuvent pas sortir du Vietnam tant qu’elle continue de s’opposer au régime.

– La littérature ne peut pas remplacer l’action politique d’après elle : les combattants pour la démocratie ont une responsabilité envers le peuple. 

– Ses romans sont toujours interdits au Vietnam, mais des éditions pirates circulent : Au Zénith a été téléchargé un million de fois malgré le pare-feu mis en place par la police.

– Elle se sent terriblement exilée mais en même temps désabusée : elle sait qu’elle ne retournera plus au Vietnam.

– Elle a une vision très dure de son pays : c’est une société de plus en plus matérialiste, qui développe un culte de l’argent et est rongée par la corruption. Les traditions ont été détruites par la guerre, mais rien n’a été reconstruit après.

– Elle est déjà en décalage par rapport à ses propres enfants qui n’ont pas vécu la guerre et jugent son combat ridicule. Elle se juge d’ailleurs elle-même très durement. Elle ne vit plus que pour son combat.

C’était une rencontre très dure, un peu hors du temps. En effet, ces luttes nous semble tellement loin, notre génération n’en a pas connu de telles et il est difficile d’appréhender la force et le courage qu’elle a pour défendre ses convictions. Le regard lucide et désabusé qu’elle pose sur son propre pays est terrible, car c’est tout de même pour lui qu’elle a sacrifié toute sa vie.

Bref, une personnalité passionnante qu’il faut connaître et soutenir …