Il y a quelques semaines, je me suis rendue à une conférence sur l’avenir de la lecture (assez intéressante par ailleurs, il faudra que je vous en reparle, quand j’aurai le temps !) et on m’a distribué ce livre :

Et à peine l’avais-je ouvert que c’était devenu MON livre de référence !

Petit livre offert par l’école des loisirs, il regroupe une cinquantaine de textes et d’images d’auteurs et d’illustrateurs jeunesse d’exprimant sur la lecture. Or, j’ai vite découvert que certains textes, si ce n’est la majorité d’entre eux, parlent de la lecture en général et non pas seulement de la lecture pour les enfants. Et il y a de magnifiques contributions, sans compter les images, que vous pouvez voir sur le site lirelire.

Ces textes réaffirment l’importance de la lecture dans une société où le citoyen, en en cela l’enfant est un futur citoyen, doit être informé pour choisir librement sa vie, ses dirigeants, etc. Comme le dit Claude Ponti, « nous sommes des êtres de culture ET de choix. Parce que nous savons lire et que nous lisons. Rien ne garantit que nous fassions les bons choix, mais comme nous lisons, nous décidons, nous choisissons. »

La lecture est aussi un refuge, un contre-pouvoir, qui nous donne le sentiment et nous rappelle que nous faisons partie d’une même communauté. Justement, ce livre raconte des rencontres magnifiques, impensables, comme celle de Malika Ferdjoukh qui a découvert la littérature grâce à une prostituée qui lui a mis de merveilleux livres entre les mains.

Un des textes nous rappelle également qu’il y actuellement 3 millions d’illettrés en France. Et que c’est pour ça que les passeurs de livres, bibliothécaires, libraires, enseignants, ne doivent pas abandonner la lutte qui consiste à permettre à ces millions de gens isolés, d’accéder à la liberté. « Battons-nous », comme le dit Jean-François Chabas.

J’ai aimé la liste élaborée par Susie Morgenstein comme réponse à la question « Pourquoi je lis », question que je me suis moi-même posée il y a quelques semaines, si vous vous rappelez … Ex : « Je lis pour déchiffrer des sentiments humains dans la langue des humains ». « Parce que lire me console de ma solitude ».

J’ai aimé aussi Marie Desplechin qui attaque ces lecteurs qui se croient supérieurs aux autres parce qu’ils lisent, qui se vantent d’avoir lu Chateaubriand et Flaubert quand ils étaient petits (qu’ont-ils pu y comprendre ?) ceux qui feront la police ensuite dans les bibliothèques. La lecture, au contraire, doit rendre les lecteurs plus proches des autres, être plus sensibles à leur émotions, les comprendre, se mettre à leur place. En tout cas, pour moi c’est le cas … Comme Marie Desplechin, je me sens plus proche des lecteurs qui ont trouvé leur chemin tous seuls, à qui on a pas indiqué qu’il « fallait » lire ça ou ça, mais au contraire qui se sont laissés porter par leurs envies et leurs intérêts. Comme elle, je n’aime pas « que la lecture soit cette Vertu publique dont on peut tirer de la gloriole et des profits orthographiques ou sociaux, ni ce mausolée muet dans lequel on précipite de force et comme au hasard des collégiens rétifs. » Comme elle, je crois qu’elle devrait toujours être ce « vice privé, un chemin de traverse, une échappée belle et que chacun lise pour soi, contre le monde ». Ce qui n’empêche pas de revenir vers ce monde ensuite pour partager ces expériences …

 

La lecture est tout ça, et bien plus ! je crois que je n’ai pas fini de décortiquer et d’apprendre par coeur ces magnifiques apologies de la lecture. Loin d’être naïve, je sais que c’est un peu l’idéaliser que lui donner tant de force et de pouvoir, mais ne dit-on pas qu’il faut croire en un idéal pour arriver à quelque chose (même si ce n’est pas tout à fait l’idéal …)? Ce sont ces textes qui me donnent envie de continuer, de me battre pour travailler en bibliothèque et changer le quotidien des gens qui y entreront, en pousser d’autres à la découvrir. Comment se lasser ? Quand on lit tant d’évocations de belles rencontres entre des lecteurs et des livres, comment désespérer ? Rien ne sert de se lamenter et de se complaire dans un pessimisme inutile, rien ne sert de reprendre la phrase de ces 10, 20, 30, 50 dernières années : « les jeunes ne lisent plus ». On perd trop de temps précieux à la répéter alors qu’on devrait être sur la barricade et élaborer des « stratégies » pour leur mettre des livres entre les mains, et qu’ils y prennent du plaisir … Comme le dit Brigitte Smadja, « il faut donner des livres aux enfants pour leur faire prendre conscience de tout ce qui les contraint, pour alléger leurs souffrances, pour les faire rire, pour les faire rêver, pour les aider à penser, pour les rendre libres. Pour les délivrer. »

Pour finir, un mot d’Agnès Desarthe, « c’est là, à portée de main, ça ne tombe jamais en panne, ça tient au creux de la paume, c’est un miroir, une machine à remonter le temps, une porte ouverte sur l’autre, c’est un livre. »