J’ai lu le livre 1 de 1Q84 dans le cadre des Matchs de la rentrée littéraire organisés par Price Minister, que je remercie pour l’envoi du livre.

L’auteur

Après des études universitaires, Murakami travaille dans un bar de jazz. Il est remarqué et obtient un prix dès son premier roman, Ecoute le chant du vent. Après plusieurs autres romans, qui établissent sa notorieté, il voyage beaucoup, donnant aussi bien des cours de japonais aux Etats-Unis, que traduisant plusieurs écrivains anglo-saxons. Ses romans sont aussi bien influencés par la littérature occidentale qu’orientale.

Le livre

Les écrits de Murakami sont souvent fantastiques, le récit sortant subtilement de la réalité, à l’insu du lecteur. C’est le cas de 1Q84 (Q se prononçant kyu en japonais, qui signifie 9) : un des personnages passe dans un monde « parallèle » au monde réel de 1984, où les différences semblent être minimes au premier abord …  Le deuxième personnage clé est quant à lui un romancier qui se cherche encore. Un jour, un manuscrit lui est envoyé pour concourir à un prestigieux prix de jeunes auteurs. Ce texte est extraordinaire, et c’est le début d’une spirale qui entraîne toute l’histoire …

C’est le premier tome d’une trilogie dont les deux premiers ont été publiés en août 2011. La troisième partie est prévue pour mars 2012 (je suppose pour le Salon du Livre, dédié à la littérature japonaise), mais elle est d’ores et déjà traduite et publiée en anglais (pour les courageux … ;))

Ce que j’en ai pensé

Il est difficile de se faire une idée d’un livre en se basant seulement sur le premier tome. Cependant, on peut considérer que ce premier opus constitue un tout et surtout permet d’apprécier le style de l’auteur et la direction de l’histoire.

Le roman évolue sur un rythme plutôt lent, Murakami construisant petit à petit son monde. On y découvre un univers impitoyable, sous l’ombre d’une obscure secte, mais également magique, à travers les Little People (dont la référence à Big Brother est explicite, et d’ailleurs exprimée comme telle dans le roman même) dont on ne sait rien. Car on évolue au départ dans le monde réel, en 1984, d’ailleurs les personnages ont lu Orwell et y font allusion à plusieurs reprises. Puis, par petites touches, l’auteur introduit un des personnages dans un univers sensiblement différent, dont je n’ai pas encore compris toutes les implications à la fin du premier tome …

Les personnages sont riches, complexes : on accède à leur histoire au fur et à mesure de leurs rencontres, on découvre leurs failles. Pour la première fois, Murakami raconte en utilisant la troisième personne, alternant les mondes intérieurs de Tengo, professeur de mathématiques qui s’essaye à l’écriture et d’Aomamé, une tueuse à gages d’un genre particulier, qui sont les personnages centraux.

Traduite par Hélène Morita, la langue de Murakami est simple et poétique, comme je l’avais déjà remarqué dans le recueil Après le tremblement de terre, qui m’a fait tomber sous son charme il y a quelques mois.

Cependant, cette poésie contraste avec la violence intrinsèque à ce monde, et la crudité de la langue de Murakami lors de scènes érotiques un peu trop nombreuses à mon goût.

Mais malgré ce point qui m’a légèrement gêné, il parvient à construire un monde mystérieux, qui pose de plus en plus de questions au fil des pages …

Je n’ai qu’une hâte désormais, attaquer le deuxième tome … et le troisième en anglais !

Incursions dans le livre

« Ils ont réussi à enlever de la tête des gens les mécanismes permettant de penser par soi-même. Un univers semblable à celui que George Orwell a décrit dans son roman. Mais comme vous le savez sans doute, sur terre, il existe pas mal d’individus qui cherchent volontairement à vivre dans cet état de mort cérébrale. Parce que, n’est-ce pas, c’est plus confortable ». Ils n’ont plus à réfléchir à des choses compliquées. »

« Le problème, c’est la manière dont on vit. Le plus important est d’être toujours en mesure de se protéger soi-même. […] Le sentiment d’impuissance chronique finit par détruire un être humain. »

 » Le monde est une lutte sans fin entre un souvenir et un autre souvenir, qui lui est opposé. »