Angleterre et bibliothèques du troisième lieu

Conclusion

Le modèle de bibliothèque que j’ai décrit tout le long de cette réflexion n’est peut-être pas parfait, mais il a l’avantage de proposer quelque chose pour sortir ces institutions de leur morosité. La France commence d’ailleurs à en prendre conscience, comme on le voit avec les récents établissements de Thionville et d’Angoulème. Pour s’en convaincre, il suffit de lire l’introduction de ce dossier du Bulletin des Bibliothèques de France sur ce projet de bibliothèque1 :

 » Pensée comme une médiathèque du vingt et unième siècle, en prise avec son temps et avec la dématérialisation des supports, elle veut répondre aux nouveaux besoins de communication, opérer comme un hyperlien vers le monde, tout en offrant aux usagers un repère urbain, un lieu de vie, d’échange, accueillant, accessible, ouvert. À l’instar des nouveaux établissements du nord de l’Europe, elle se définit comme « living-room de la cité », s’entend comme un médiateur culturel, élargit l’éventail de ses missions et propose, à la façon d’un couteau suisse, différents usages à la carte : espace de culture, d’information, de formation, d’apprentissage, de détente, de loisir, de sociabilité, de débat, de cocréation avec les usagers. Elle ambitionne de devenir un axe fort de la vie des Angoumoisins. »

C’est exactement le concept développé par les bibliothèques anglaises, avec un peu d’avance dans le temps cependant, et c’est en cela que mon stage a été déterminant. En effet, en trois mois, j’ai pu être impliquée dans assez d’événements et d’activités pour comprendre la substance du rôle dévolu désormais aux bibliothèques dans ce pays; mais sans perdre l’avantage que j’ai de pouvoir mesurer leur progrès, et parfois leur retard, par rapport aux bibliothèques françaises. Je pense que cette expérience sera déterminante dans ma manière d’appréhender désormais ces institutions, non plus comme des structures fermées, incapables d’évoluer, mais comme des centres de vie dotés de potentialités d’évolution extraordinaires.

C’est une période de grand changement actuellement pour les bibliothèques de tous les pays. D’après certains professionnels, les gens qui les dirigent semblent avoir perdu de vue les principes primordiaux qui fondent leur légitimité au sein de la société. La bibliothèque doit rester un endroit où tout le monde doit pouvoir accéder gratuitement et facilement, et qui donne accès à un monde différent; face à une société où l’information est de plus en plus contrôlée, et où il faut de plus en plus souvent la payer. On note actuellement une baisse notable des investissements dans les bâtiments et les stocks de documents : la bibliothèque semble être une institution de moins en moins attractive, en comparaison avec d’autres activités de loisir. Pourtant elle s’avère être un point de contact social essentiel pour certaines personnes, par exemple pour celles ayant des problèmes de vue ou d’ouïe, et pour qui la mise à disposition d’audio livres peut changer la vie. A la fin du mois d’août, le gouvernement anglais s’est fait porteur d’une proposition d’intégrer des bibliothèques au sein de supermarchés, et d’engager davantage de volontaires, dans le but avoué de faire des économies. Fort heureusement, au vu de la réaction de la presse et de l’opinion publique, qui ont exprimé massivement leur désaccord, le ciel ne paraît pas si noir. En effet, on note que les gens ont de moins en moins confiance en la qualité de l’information que l’on peut trouver sur Internet, et ressentent le besoin de faire appel à des professionnels de la gestion d’information. C’est donc peut-être une opportunité pour les bibliothèques de regagner un peu de leur popularité en faisant la preuve de leur légitimité. Et au coeur de leur action est celle de la promotion de la lecture des enfants et de leur fréquentation des bibliothèques : la nouvelle génération doit être préparée au monde qui l’attend, et les bibliothèques peuvent leur servir de guide. Il faudrait donc d’abord commencer par établir des documents précis où les missions de ces établissements sont clairement soulignées, et qui pourront par la suite servir de références au moindre doute ou question d’un professionnel. Il est temps de relever ce défi, et si l’on veut que la population comprenne leur importance, il faut d’abord commencer par en être convaincu soi-même.