« Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l’irrationnel. Avant d’avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C’est l’alchimie invisible des signes traçés sur une feuille qui s’impriment dans notre cerveau. Un livre, c’est un être vivant. »

Cette citation me permet de revenir sur un ouvrage que j’ai découvert l’année dernière, en total décalage avec l’actualité, par le genre de hasard que j’adore quand il s’agit de littérature … Bref, un peu sceptique devant ce gros pavé, qui pourtant avait été sélectionné par les lycéens, ce fut pourtant un coup de coeur !

Premier roman de Jean-Michel Guenassia, ce dernier nous entraîne dans une large fresque au coeur du Paris des années 50 et 60, à la suite de Michel, 12 ans. Ce jeune garçon, intelligent et grand lecteur, est au centre de multiples drames de sa société, dont le moindre n’est pas le club d’échecs qu’il fréquente et où il rencontre des intellectuels de l’Est qui ont tout quitté pour fuir le totalitarisme stalinien. Les trajectoires de ces émigrés se croisent avec le départ du frère de Michel pour la guerre d’Algérie, une histoire d’amour, des amitiés magnifiques (« L’amitié, si elle n’est pas plus forte que les convictions, n’a aucune valeur. ») etc.

Au final c’est un splendide roman, l’un des rares où je n’ai pu m’empêcher de pleurer à la fin, où les personnages sont complexes, difficiles à cerner; et où le souffle romanesque se mêle avec harmonie et force avec le souffle historique. A découvrir d’urgence.