Aujourd’hui, un petit poème contemporain qui me plaît beaucoup … Je ne vous en dit pas plus, mais vos avis m’intéressent. Bonne lecture poétique ! (NB : ce texte est sous droit d’auteur …)

***

Lelian

Il danse Lélian

Au pavé morne des rues

Sur l’arpège en six notes d’un tambour maudit

.

Entre les arbres d’aciers qui voûtent sur le ciel

Des lueurs blafardes

Et se fondent en silence

.

Crépuscule en parfum    gris de fumée

.

Et il chante parfois

Comme un ange nasillard

Qui ennuie l’agonie des pantins du matin

Et sous la laideur sévère de leurs yeux si pâles

Il étouffe son hymne et glisse le pavé

Pour naviguer sur les caniveaux

en gammes chaomatiques

.

Il danse Lélian

Comme un ruban d’arlequin égaré sur la lune

Quand Terpsichore sénile

Penché sur sa goutte

Bat la mesure de ses mains tremblantes

.

Les chats admirent de leurs gouttières

Son petit pas agile qui éclabousse le rire du vent

Leurs deux corps qui s’épousent

Et jamais ne s’enlacent

.

La nuit s’élance et lui il danse

Dans la clairière dessinée au halo des lampadaires

Il croit surgir les fées

Les mages lunaires aux capes étoilées

Et les arbres parlant venus promener leurs longs pieds sur l’asphalte glacé

.

Mais les gens ne voient qu’un fou

Dansant au clair de lune

Et certains ragotent qu’il serait fils de Sélène

« Lorialet, lorialet pourquoi danser? »

Mais il y a trop de musique dans sa tête pour entendre leurs fausses notes

Et un vieux clochard qui le dévisage en passant marmonne

« y a qu’eque chose là-d’ssous ou je n’m’y connais pas»

Mais la fille de la nuit coupe le fil de ses pensées

.

Gabriel triste le regarde sur la corniche

Son regret fasciné

Par le ventre stérile des vierges qui le fit naître

.

Et maintenant ?

Pourquoi avoir semé ces fleurs de déserts

Pour les voir s’étioler en dansant sur les trottoirs ?

.

Il ne sait pas Gabriel

Et il n’a pas le temps de savoir

Le métro arrive en fracas

et sonne la cloche d’un angélus brisé

Il prend sa valise

A pas de chômeur

.

La nuit pâlit

Il ne sait pas Lélian qu’il faut avoir une raison de vivre

Alors il danse et danse encore

Une danse sauvage et échevelée

Sur les parquets de vers des théâtres qui tremblent 

 Les harmonies fêlées d’une Lyre aux neuf cordes

.

Il ne sait que vivre et vivre encore

vivre quoi ?

rien

.

L’insulte des jours qui passe

Et jamais ne s’en lasse