L’auteur

Figure essentielle de la littérature et du cinéma américain du XXe siècle, Arthur Miller est principalement connu pour Les Sorcières de Salem et Mort d’un commis voyageur, deux pièces de théâtre qui sont toujours abondamment jouées. Il est aussi connu pour son bref mariage avec Marylin Monroe. Il est décédé en 2005.

Le livre

Cette œuvre est un peu particulière puisqu’il s’agit en réalité d’un script écrit pour le film The Misfits (Les Désaxés) réalisé par John Huston et sorti en 1961, avec Clark Gable, Marylin Monroe et Montgoméry Clift. Le rôle de Roslyn a été écrit spécialement pour Marylin, dans ce qui sera son dernier film achevé. Gable mourra quelques jours après le tournage, et Clift quelques temps après. De quoi alimenter la légende autour de ce film, la fin de l’âge d’or d’Hollywood.

Roslyn vient de divorcer, difficilement, et se retrouve perdue dans la petite ville de Reno, sans savoir que faire et ressentant durement le poids de la solitude. Elle rencontre alors Guido et Gay, deux hommes qui veulent également changer de vie. Ils partent quelques jours à la campagne et des relations se nouent …

Ce que j’en ai pensé

Difficile de discuter de ce petit livre qui n’est pas un roman mais bien un script de cinéma, ce qui implique qu’il laisse une large place à la description et à l’action. Cependant, si cela m’a frappé au départ, j’ai rapidement oublié que c’était supposé être un script, tout au moins pour la partie centrale du texte. La dernière partie, qui correspond à la scène de chasse aux chevaux, me paraît particulièrement bien adaptable au cinéma, et grâce à son talent de romancier, Miller est parvenu à me faire « voir » cette scène très clairement.

Cette perspective cinématographique offre une belle dynamique à ce texte, et m’a donc fait vivre une expérience très particulière : l’impression d’avoir « vu » le film, à travers un simple texte (ce qui ne m’empêchera pas tout de même de le voir en vrai !).

Concernant l’histoire elle-même, les personnages sont assez complexes : du côté des hommes, on ne sait pas vraiment ce qu’ils veulent, ce qu’ils vont faire et je n’ai pas eu le sentiment d’en savoir beaucoup plus sur eux à la fin. Ce sont eux « les misfits« , comme ils qualifient ces petits chevaux qu’ils chassent pour la viande, les desaxés, qui ne semblent pas s’adapter à la société, issus de la longue tradition des cow-boys mais des cow-boys dévoyés puisqu’ils ne sont plus gardiens de bétails, nobles cavaliers, mais bien simples rabatteurs de viande sur pattes. Il faudra le regard d’une femme, de grande sensibilité, pour prendre conscience de ce qu’ils font vraiment, c’est-à-dire vendre leur âme en vendant ces chevaux au poids, pour presque rien; ce rien qui est à la mesure de la valeur qu’ils se donnent à eux-mêmes.

Quant à Roslyn, son comportement est encore plus obscur pour moi … C’est l’image d’une femme profondément seule, y compris lorsqu’elle était mariée; mais également profondément sensible et humaine, comme on le voit lors du rodéo ou de la chasse aux chevaux. C’est ce qui m’a plu chez elle.

Au final, c’est une œuvre dans la droite lignée de la littérature américaine du XXe siècle, où l’on retrouve cette écriture si particulière, dont Hemingway et Steinbeck sont pour moi les plus grands représentants. Loin du romantisme français emphatique du XIXe, ils se rapprochent davantage d’une certaine efficacité réaliste, à travers une écriture minimaliste qui laisse une très grande liberté d’interprétation au lecteur.

Conclusion : J’ai bien hâte de le voir !