L’auteur

Né en 1957 au Caire, Alaa Al-Aswani exerce la profession de dentiste en plus de ses travaux littéraires. Il contribue régulièrement aux journaux d’opposition et est proche des intellectuels de gauche. L’Immeuble Yacoubian est son premier roman, traduit en 2006 en France. Il a publié un nouvel ouvrage (un recueil d’articles) en 2010, encore non traduit en français, que l’on pourrait traduire par « Pourquoi les Egyptiens ne se révoltent-ils pas ?« . En 2011, il prend une part active à la révolution égyptienne de 2011, s’illustrant notamment le 2 mars 2011 dans un débat télévisé contre le premier ministre par intérim nommé par Moubarak Ahmed Chafik (qui démissionnera le lendemain).

Le livre

L’Immeuble Yacoubian, est un véritable phénomène d’édition dans le monde arabe et est rapidement traduit dans une vingtaine de langues, en plus de faire l’objet d’adaptations cinématographique et télévisuelle.

« En 1934, le millionnaire Yacop Yacoubian, président de la communauté arménienne d’Egypte, avait eu l’idée d’édifier un immeuble d’habitation qui portait son nom. Il choisit pour cela le meilleur emplacement de la rue Soliman-Pacha et passa un contrat avec un bureau d’architectes italiens renommé qui dessina un beau projet : dix étages luxueux de type européen classique : des fenêtres ornées de statues de style grec sculptées dans la pierre, des colonnes, des escaliers, des couloirs tout en vrai marbre, un ascenseur dernier modèle. »

Il décrit la vie de plusieurs habitants d’un immeuble dans le centre-ville du Caire, de statuts sociaux différents et aux destinées radicalement opposées.

Ce que j’en ai pensé

C’est un roman très dense, mais j’y suis rentré facilement, grâce à une écriture classique agréable et surtout grâce à l’humour égyptien que j’avais déjà remarqué dans Taxi de Khaled Alkhamissi ( cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire composent un tableau fascinant de ce pays). De suite, il s’installe dans une grande liberté de ton, ne lésinant sur les critiques des dysfonctionnements du pays, à travers l’histoire de sa poignée de personnages.

Ceux-ci sont d’ailleurs très intéressants, mais peut-être un peu trop stéréotypés : entre le millionnaire qui finira par tomber amoureux mais devra déjouer les plans de sa sœur voulant le dépouiller de tous ses biens; le brillant fils du portier qui échoue au concours de police à cause du métier de son père et qui se tournera vers le terrorisme en désespoir de cause; le tailleur débrouillard; l’homosexuel assumé; etc.

Au final, une Égypte que l’on ne connaît pas, ou peu. Une photographie sans complaisance mais très enrichissante, du point de vue de la France. Car, s’il est difficile d’adhérer avec certaines valeurs (les références constantes à la religion, la situation des femmes – et pourtant c’est un pays moderne comparé à l’Afghanistan – tout ça finit par être gênant au fil de la lecture), il est évident que ce n’est pas le but d’ailleurs, le roman nous permet de comprendre cette société, d’une manière remarquable, et du coup de mieux appréhender les tenants et les aboutissants de la révolution de février 2011.

Et du coup la question majeure est la suivante : qu’est-ce qui a changé depuis 2002 en Égypte ? La révolution a t-elle bouleversé les rapports sociaux ? a-t-elle rétabli plus de justice dans ces derniers ?

Incursions dans le texte

« – Il y a beaucoup de choses dans ma vie que je n’ai pas faites et que j’aurais dû faire.
– Pourquoi ?
– Je ne sais pas. Lorsque j’étais jeune, que j’avais ton âge, j’imaginais que j’allais réussir tout ce que j’entreprendrais. Je faisais des plans pour ma vie et j’étais convaincu qu’ils allaient se réaliser. En vieillissant, j’ai compris que l’homme n’a presque rien entre ses mains. La vie toute entière est conduite par la destinée. »

EGYPTE

2/80