L’auteur

Laurence Cossé a été journaliste, critique littéraire (Le Quotidien de Paris) et producteur-délégué à France-Culture (Radio France).

Elle a publié une dizaine de romans (Le 31 du mois d’août; Les amandes amères), des recueils de nouvelles (Vous n’écrivez plus ?) et du théâtre (La Terre des Folles), principalement aux Éditions Gallimard.

Le livre

« Au bon roman tient à la fois du policier, de l’histoire d’amour et de la fable. Et si l’intrigue policière s’avère un peu faiblarde et l’intrigue amoureuse assez superficielle, reste un intéressant questionnement sur la place de la littérature, ainsi qu’un un bel hommage au livre et une mine d’informations et de références pour tous les amoureux du roman. A lire avec stylo et carnet à portée de main ! » (4e de couverture)

Ce que Butterfly en a pensé

Je dois donc le relire, car j’avais pris ce livre pour faire un trajet en TGV assez long, et je l’ai littéralement dévoré, sans prendre le temps d’avoir un stylo et un carnet …

J’ai adoré cette tentative de création librairie « idéale »  qui malgré de nombreux rebondissements, et il y a très peu de temps morts ou de longueurs dans ce livre, ce qui est appréciable, nous apprend beaucoup de « ficelles » sur l’édition, le monde des livres, mais aussi sur les romans qu’il « faut »  avoir dans sa bibliothèque…

Nous sommes scotchés par ce livre qui commence par un suspens haletant avec les différentes énigmes, puis par la création de la librairie, les livres sélectionnés par les écrivains et les aléas de la concurrence … pas moyen de s’arrêter ; un peu d’intrigues amoureuses pour corser le tout, et cela fait un « bon roman » …

Ce que je peux rajouter

Ce roman pose la question de savoir s’il existe de la bonne et de la mauvaise littérature. Et j’avoue qu’à la fin d’un tel livre, je doute encore … L’entreprise lancée par les deux libraires est à la fois compréhensible et contestable. Il était certain que l’idée de rassembler les « bons » romans quelque part allait forcément blesser un certain nombre de personnes, d’écrivains et d’éditeurs. L’important est cependant d’assumer ses choix. C’est un peu comme si ils avaient créé une nouvelle sorte de libraires, qui font eux-mêmes un tri dans la production et dans ce qu’ils veulent vendre. Cela me fait penser dans une certaine mesure à la Griffe noire. Mais même celle-ci est supposée pouvoir se procurer tous les livres actuellement édités en France (ce qui ne veux pas dire qu’elle est obligée de les exposer dans la vitrine). Mais l’on ne soupçonne pas toujours la force du lobbying de certains gros éditeurs, qui veulent être présents partout à tout prix, et à laquelle peu de libraires peuvent résister (inutile de nier que l’on est rarement millionnaire dans ce métier …).

Pour qu’une telle librairie existe vraiment aujourd’hui, il faudrait donc que le libraire se sente totalement indépendant de toute pression commerciale, financière ou autre.

Finalement, je ne sais pas si ce roman est un chef d’œuvre, mais pour le coup, il a l’avantage de proposer une réflexion originale sur ce qui fonde une librairie, et les goûts littéraires de chacun.

Enfin, pour répondre à certaines critiques que j’ai lu sur Internet, il ne me semble pas que vouloir sélectionner de « bons romans » empêchera des gens de milieux modestes d’accéder à cette littérature. Pour moi, Le Petit Prince est un bon roman, tout comme Proust. La notion de bon roman est trop subjective pour qu’une librairie idéale puisse exister, cependant, pourquoi ne pas essayer de tendre vers cet idéal ? 🙂

Ce n’est pas le lieu ici pour suivre toutes les pistes ouvertes par ce roman, ce qui prouve bien que ce n’est pas un « mauvais » roman, puisque pour moi la littérature doit davantage interroger que donner des réponses …

Au cœur du texte

« Nous voulons des livres nécessaires, des livres qu’on puisse lire le lendemain d’un enterrement, quand on n’a plus de larmes tant on a pleuré, qu’on ne tient plus debout, calciné que l’on est par la souffrance »

« Nous voulons des livres splendides qui nous plongent dans la splendeur du réel et qui nous y tiennent; des livres qui nous prouvent que l’amour est à l’œuvre dans le monde à côté du mal, tout contre, parfois indistinctement, et le sera toujours comme toujours la souffrance déchirera les cœurs. Nous voulons des romans bons. « 

« De toutes les fonctions de la littérature, une des plus heureuses est de faire se rencontrer et se parler des gens faits pour s’entendre. »

Incipit et excipit

« Le moins qu’on puisse dire est que la disparition de Paul Néon ne fit pas de bruit dans le canton du Biot où il semblait s’être fixé, ni même dans le village étique des Crêts dont il occupait la dernière maison »

« Un jour ou l’autre Au Bon Roman fera figure de laboratoire. Il ne sera pas dit que cette histoire aura été vaine. »