L’auteur, Philippe Claudel

Écrivain et réalisateur, il est agrégé de lettres. Ses principaux romans sont traduits dans le monde entier; son film, Il y a longtemps que je t’aime a obtenu un grand succès en France et dans le monde. Son second film Tous les soleils est sorti en 2011. Cela avait été pour moi un véritable coup de cœur, en particulier pour la musique.

Il a intégré l’Académie Goncourt le 11 janvier 2012.

  • 2003 : Les Âmes grises. Prix Renaudot en 2003, adaptation au cinéma Les Âmes grises en 2005.
  • 2005 : La Petite Fille de Monsieur Linh
  • 2007 : Le Rapport de Brodeck, Prix Goncourt des lycéens en 2007 / Prix des libraires du Québec en 2008 / Prix des lecteurs du Livre de poche en 2009

Les Âmes grises et le Rapport de Brodeck m’avaient également beaucoup secouée par leurs thèmes et la manière dont ils sont traités.

Le livre

Un Vietnamien quitte son pays sur un bateau, avec uniquement une valise et sa petite-fille, bébé, dans les bras. Ses enfants sont morts pendant la guerre, ainsi le suppose t-on car il y a peu de repères spatiaux et temporels. On suppose également qu’il aborde aux Etats-Unis où il va être placé dans un centre d’accueil. Toute sa vie est désormais centrée sur le bonheur de sa petite-fille.

Ce que j’en ai pensé

Le texte est rythmé par la berceuse que chante Monsieur Linh à sa petite fille, pour la calmer, et qui représente l’espoir, la lumière de ce court roman :

« Toujours il y a le matin
Toujours revient la lumière
Toujours il y a un lendemain
Un jour c’est toi qui seras mère. »

Dès l’incipit, le style est posé : un style un peu haché mais dont les mots vont droit au but, le cœur.

« C’est un vieil homme debout à l’arrière d’un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul à savoir qu’il s’appelle ainsi car tous ceux qui le savaient sont morts autour de lui. »

Puis l’auteur pose le cadre du récit, centré sur la petite fille qui est tout pour Monsieur Linh désormais. Il sera alors passif vis-à-vis de tout ce qui ne la concerne pas.

« L’enfant est sage. C’est une fille. Elle avait six semaines lorsque Monsieur Linh est monté à bord avec un nombre infini d’autres gens semblables à lui, des hommes et des femmes qui ont tout perdu, que l’on a regroupés à la hâte et qui se sont laissé faire. »

Tout au long du texte, par petites touches (tellement petites que je me suis fait avoir comme une lectrice débutante …), se dessine l’horrible vérité. Mais la brieveté du texte et l’importance de cette révélation m’empêche de vous en dire plus.

Au final, un roman qui parle de perte, de désespoir, de déracinement, dans un style pudique, mais aussi d’amitié au-delà des langues, et d’amour au-delà des continents.

Un roman qui ne peut se terminer que par un silence. Le temps de digérer ce texte fort, et de se remettre de cette lecture puissante et bouleversante.

A lire absolument. Et à relire.