« Si banal que soit le contenu, il a toujours quelque chose pour me toucher. Car quelqu’un aujourd’hui disparu a jugé un jour que ces mots étaient suffisamment importants pour être écrits. »

     Diane Setterfield, spécialiste d’André Gide, vit à Harrogate (Yorkshire). Le Treizième Conte, son premier roman, vendu dans 34 pays, est devenu d’emblée un best-seller, en particulier aux Etats-Unis où il est entré n° 1 sur la liste du New York Times.

Vida Winter, auteur de best-sellers vivant à l’écart du monde, s’est inventé plusieurs vies à travers des histoires toutes plus étranges les unes que les autres, toutes sorties de son imagination. Aujourd’hui âgée et malade, elle souhaite enfin lever le voile sur l’extraordinaire existence qui fut la sienne. Sa lettre à la biographe Margaret Lea est un ordre : elle l’invite à un voyage dans son passé, à la découverte de ses secrets. Mais Margaret ne croit pas au récit de Vida. Les deux femmes confrontent les fantômes qui participent de leur histoire et qui vont les aider à cerner leur propre vérité.

Ce que j’en ai pensé

Je ne suis pas étonnée que ce livre ait été un best-seller puisqu’il a tous les ingrédients pour : de l’action, beaucoup beaucoup de mystères, de secrets; une narration habilement menée; le personnage ensorcelant de Vida Winter ; le caractère sensible de Margaret, elle aussi chargée d’un secret lourd à porter; le thème de la folie qui rôde; des personnages secondaires attachants.

Tout le récit est construit autour d’une longue narration de Miss Winter qui souhaite la raconter dans l’ordre. Or il y a quelque chose qui cloche : LE secret qu’elle réussit à garder jusqu’au bout et nous fait reconsidérer tout le texte. Et j’en suis restée comme deux ronds de flan tellement je n’ai rien vu venir (et pourtant quand j’y repense, il y a des signes un peu partout ..). C’est donc un bon roman, qui évoque aussi la magie des livres et des histoires, et l’impact (pas toujours positif …) que ces derniers peuvent avoir sur la vie réelle.

« Tous les enfants construisent un mythe autour de leur naissance. C’est là un trait universel. Vous voulez comprendre quelqu’un ? son cœur, son esprit, son âme ? Demandez-lui de vous parler de sa naissance. Ce que vous obtiendrez ne sera pas la vérité mais une histoire. Et rien n’est plus révélateur qu’une histoire. »

Et

« Le silence n’est pas l’environnement naturel des histoires. Elles ont besoin de mots. Sans eux, elles se fanent, s’étiolent et meurent. Et pour finir, elles vous hantent. »

Mêlant gothique, suspens, romantisme et tragédie, c’est un véritable bouquet littéraire, dont l’intrigue n’a rien de bien réaliste (mais ce n’est pas là qu’est le plaisir) mais qui en fait un roman complexe et envoûtant. Dans la pure lignée des romans anglais du XIXe siècle.

A lire pour passer un bon moment

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MAIS

J’ai lu ce roman juste après The Book of Tomorrow, et cela m’a un peu fatiguée car dans les deux cas ce sont des histoires de famille très complexes, remplies de secrets, de non-dits, de parents qui disparaissent, d’enfants cachés. Alors que je suis en train de lire Les Pardaillan, roman populaire par excellence et best-seller de l’époque, ces différentes lectures m’ont permis de réfléchir à ce qui fait le succès d’un livre aujourd’hui : les histoires de famille fonctionnent toujours bien (Dans les coulisses du musée de Kate Atkinson), les histoires torturées de couples également, ou de souffrances individuelles (D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère; Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, Anna Gavalda) et les récits sur la Seconde guerre mondiale (Un Secret, Philippe Grimbert; Elle s’appelait Sarah, Tatiana de Rosnay). En y réfléchissant bien, ce sont toujours les mêmes ingrédients qui reviennent, qui rendent la lecture presque addictive.

« Les mots ont un étrange pouvoir. Entre des mains expertes, manipulés avec adresse, ils vous retiennent prisonniers. S’enroulent autour de vos membres comme une toile d’araignée et quand vous êtes ensorcelés au point de ne plus faire un geste, ils vous transpercent la peau, s’infiltrent dans votre sang, paralysent vos pensées. »

Mais finalement, à peine ai-je reposé le livre qu’il ne m’en reste pas grand chose. Comme si ce trop-plein de matière en devenait évanescent. Habituellement c’est le moment où je me replonge dans un roman du XIXe ou dans un essai, quelque chose de plus posé, de moins fatiguant.

Non non je ne m’égare pas, pas de panique ! Car cela questionne l’essence même de la littérature : lorsque j’ai fini Le Treizième conte, je me suis dit : waouh c’est un coup de cœur ! Mais maintenant que je le chronique, 3 semaines après, même si je reconnais que c’est un bon livre, que j’ai passé un très bon moment en le dévorant, je suis incapable d’en parler longuement. What’s the point ? 

Mon enthousiasme a peut-être été gâché par les (très) nombreuses chroniques qui ont poussé sur le web depuis la sortie du livre : la relation personnelle que l’on a avec ce texte lorsqu’on le referme peut-elle être relativisée quand on voit que des dizaines de personnes ont ressenti la MEME chose, qu’elles s’expriment de la MEME façon ? est-ce la marque d’un vrai chef-d’œuvre ? ou simplement le signe que ce livre a été fabriqué pour nous plaire à tous (ce qui est un peu inquiétant quant à la diversité de nos goûts et de nos modes de pensée …). Peut-être ai-je tort de soulever la question sur ce livre-ci, peut-être sera t-il un « classique » dans quelques années … mais la question méritait d’être soulevée, et mieux vaut maintenant que jamais …

Au final, je n’ai pas de réponses à tout ça, mais peut-être ai-je besoin du même remède que Margaret lorsqu’elle tombe malade :

« Les Aventures de Sherlock Holmes. Prendre 10 pages, deux fois par jour, jusqu’à épuisement du stock. »