Je présente rapidement un des plus célèbres auteurs américains :

Né en 1896, c’est un lecteur assidu et ecclectique qui écrit ses premiers poèmes et des nouvelles, publiés dans le journal de son école. Très peu apprécié, à cause de sa prétention et de son immaturité, il est souvent mis à l’écart et profite de ce temps pour écrire. Il finira par abandonner ses études, sans diplôme, et il s’engage dans l’armée. Alors qu’il est envoyé dans un camp près de Montgoméry, il y rencontre sa future femme, Zelda. Son premier roman, L’Envers du paradis, est publié en 1920. Malgré d’évidentes lacunes, le roman connaît un énorme succès, et fait de son auteur le représentant de toute une génération, celle de L’Ère du Jazz. Les retombées financières permettent à l’écrivain d’épouser Zelda. Ils émigrent alors en France. C’est sur la Côte d’Azur qu’il écrit son premier grand roman, Gatsby le Magnifique, publié en 1925, mais qui ne se vend pas, contrairement à ses nouvelles. Mais les excès du couple amènent à l’effondrement psychique de Zelda qui doit être internée, rendant les dernières années de l’écrivain aussi coûteuses que déprimantes. Il parvient tout de même, au bout de 9 ans, à publier son autre grand roman, Tendre est la nuit. Il doit ensuite se résoudre à exercer comme scénariste à Hollywood, et c’est là-bas qu’il meurt en 1940, dans la misère.

Il aura écrit 5 romans (dont 1 inachevé) et une dizaine de recueils de nouvelles. Plusieurs de ses oeuvres ont été adaptées au cinéma, et en particulier la nouvelle The Curious Case of Benjamin Button, adaptée en 2008 par David Fyncher dans le film éponyme. Cette nouvelle retrace la vie de Benjamin Button, naît à 80 ans, et qui toute sa vie rajeunira, jusqu’à mourir comme bébé. C’est le seul rapport entre le film et le livre.

En effet, le père n’abandonne pas son « vieil » enfant, mais au contraire, et je trouve que c’est encore pire, il agit comme si Benjamin était un vrai enfant : il lui donne des bonbons, un cerceau, veut l’envoyer à l’école. Mais l’auteur n’insiste pas tant que ça sur la frustration de Benjamin, qui est évidente. Ce dernier prend plutôt la vie comme elle vient, sans s’en étonner.

Au contraire, le reste de son entourage, son père, sa femme puis son fils, en prend souvent ombrage et lui reproche de ne pas « faire comme les autres ». Au final, c’est le thème central de cette nouvelle : non pas l’anormalité elle-même, dont on s’étonne que les gens n’en fassent finalement que peu de cas, sauf les proches de Benjamin; mais la manière dont elle lui est reprochée, comme s’il le faisait exprès et qu’il ne suffisait que de vouloir pour changer. A la lumière de la biographie de Scott Fitzgerald, je me demande s’il n’y a pas une analogie entre la vie réelle de ce dernier et cette nouvelle : Scott et Benjamin sont mis à l’écart sous prétexte qu’ils ne sont pas adaptés à une société qui ne peut qu’imaginer que le rythme normal est de toujours vieillir, et non de rajeunir.

La deuxième thématique centrale de cette nouvelle est d’ailleurs celle-ci : mettre les gens en face de leur vieillissement inexorable. Or Benjamin rajeunit sans cesse, ce qui suscite de nouvelles jalousies, soigneusement dissimulées par des excuses du type : « il vieillira d’un coup », etc.

C’est donc une nouvelle qui par son originalité va complètement à rebrousse-poil de la société américaine telle qu’elle était en 1920, mais aussi de toutes les fondations d’une société humaine. Puisqu’il n’y a qu’une seule chose dont on soit sûr, dans la société : c’est que l’on vieillit tous et que l’on finit par mourir. Certes, Benjamin finit par mourir, ou plutôt par arrêter d’exister puisqu’il atteint le stade où il devrait être dans le ventre de sa mère (mère par ailleurs totalement absente et dont on se demande encore comment elle a pu accoucher d’un homme d’un mètre 70 … :)). Mais il va à l’encontre de toutes les lois humaines, et pour ce crime, il est mis à l’écart.

C’est donc une nouvelle très intéressante à découvrir, qui donne un éclairage différent que celui du film, et bien plus passionnant à mon goût car elle engage à davantage de réflexions sur la nature humaine et le fondement de toute société, ce qui la rend dérangeante (et j’aime quand la littérature est dérangeante …)

De plus, j’ai apprécié de la lire en anglais (certes c’était une édition avec le vocabulaire défini, parce que l’américain des années 20, ce n’est pas évident …), et de plonger au cœur de cette écriture américaine que je n’aime pas trop d’habitude mais qui m’a davantage séduite sous forme de nouvelles. La VO donne une autre coloration au texte, une authenticité plus profonde et une manière de ressentir plus intensément et plus directement ce que l’auteur veut partager.

Je serais donc curieuse de découvrir d’autres nouvelles de F. S. Fitzgerald, car c’est une autre manière d’aborder cet auteur, en dehors des monuments romanesques que sont Gatsby le Magnifique et Tendre est la nuit, qui nous viennent spontanément à l’esprit quand on évoque cet auteur.

et de 2 !