L’auteur

Bon en fait je suis fainéante, et je ne vais pas présenter une enième fois un auteur tel que Zola, donc je passe directement à la rubrique suivante ! 🙂

Le livre

Dans ce cinquième roman des Rougon-Macquart, Serge Mouret, fils des personnages principaux de La Conquête de Plassans, vient d’être ordonné prêtre et a demandé à être envoyé dans la plus petite et la plus misérable paroisse des environs : les Artauds (Le Tholonet, à côté d’Aix-en-Provence, charmante petite ville que j’ai visité !). Il y fait la connaissance de personnages hauts en couleur, et en particulier de la jolie Albine, une jeune fille sauvage qui vit avec son oncle, athée convaincu, dans un grand parc non loin des Artauds. Alors que Serge est sûr de ses sentiments religieux, la maladie puis l’amour va mettre à mal toutes ses certitudes.

Vue de la Sainte-Victoire du Tholonet

Mon avis

Avec Le Docteur Pascal et La Joie de Vivre, La Faute de l’abbé Mouret est l’un des trois romans des Rougon-Macquart à connaître une influence très autobiographique. En particulier dans la description de la typhoïde de Serge, que Zola décrit très précisément dans son Journal d’un convalescent. De même, en ce qui concerne la question de la religion, il y met beaucoup de lui-même, considérant le catholicisme comme une erreur, la négation même de la vie. La preuve en est donnée lors de l’évocation de l’éducation religieuse de Serge, jeune homme assoiffé de savoirs, à qui l’on fait remarquer que : « les plus savants ne sont pas les plus saints ». Du coup, Serge abandonne et décide de « rester ignorant, afin de garder l’humilité de sa foi »

Tout le roman est donc construit autour d’une opposition radicale entre la nature, magnifique, voluptueuse, qui incite à l’amour; et la religion qui refuse la vie, qui n’ait qu’une fuite. On ne peut pas ignorer la position de Zola en lisant ce roman …

La deuxième problématique essentielle, avec la religion, est celle de la sexualité, lentement éveillée en Serge et Albine durant leur séjour au Paradou, le paradis sur terre (clairement évoqué : « ne vois-tu pas que nous sommes nus ? alors ils eurent honte » …) Ce dernier est d’ailleurs pratiquement un personnage à part entière du roman, comme le remarque le narrateur au moment de l’apogée de l’amour entre les deux jeunes gens : « C’était une victoire pour les bêtes, les plantes, les choses, qui avaient voulu l’entrée de ces deux enfants dans l’éternité de la vie. Le parc applaudissait formidablement. »

J’ai particulièrement apprécié les descriptions d’une nature luxuriante, généreuse, magnifique (même si au bout d’un moment elles finissent par être un petit peu lassantes, Zola se laissant un peu trop entraîner par son côté naturaliste, à mon goût !).

Et puis j’ai été secouée par des scènes extrêmement puissantes dans ce roman finalement à part dans les Rougon-Macquart, pratiquement un des seuls à se passer entièrement à la campagne, et même plus qu’à la campagne : dans une nature sauvage, qui ne se laisse pas dompter par l’homme. L’amour d’Albine, les doutes et faiblesses de Serge, le désespoir du Docteur Pascal qui voit le malheur se profiler, l’extrémisme de l’autre prêtre du village. Tout ça en fait presque un roman presque violent, psychologiquement (comme tous les autres de Zola par ailleurs), qui fait vaciller toutes les croyances et entraîne les personnages dans les désordres du monde. Ce qu’un personnage faible comme Serge ne supporte pas : « Ah la mort, la mort de tout, avec le ciel béant pour recevoir nos âmes, au-dessus des débris abominables du monde. » On tremble avec lui, on l’encourage, on le pousse à se secouer. Et finalement, on abandonne quand à la fin, il déclame : « Je nie la vie, je la refuse, je crache sur elle. »

Au final, dans ce roman, la religion semble avoir été la plus forte … Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde :

Conclusion du Docteur Pascal, à propos de Serge et Désirée Mouret : « ça a bien tourné pour la fille, qui est aussi heureuse que sa vache. ça a mal tourné pour le garçon, qui agonise dans sa soutane. […] On manque sa vie. De vrais Rougons et de vrais Macquart ces enfants là, la queue de la bande, la dégénérescence finale ».

On en revient donc encore et toujours à la génétique maudite des Rougon-Macquart …

5/20