L’auteur

Tarun Jit Tejpal est un célèbre journaliste d’investigation indien, fondateur de l’hebdomadaire d’actualités Tehelka et éditeur du Dieu des petits riens d’Arundhati Roy. Engagé dans l’opposition, il a dénoncé des malversations au sein du gouvernement indien en 2001 (menacé de mort, il a vécu sous protection plusieurs années).

Il a écrit pour plusieurs journaux internationaux : The Paris Review, The Guardian, The Financial Times et Prospect. Loin de Chandigarh, son premier livre, a été un succès mondial et salué par VS Naipaul. L’Histoire de mes assassins, son second roman, est paru aux éditions Buchet-Chastel en septembre 2009.

Le livre

L’Inde du Nord à la fin des années 1990. Un journaliste et sa femme, Fizz, partagent, depuis quinze ans, une intense passion, très sensuelle, très charnelle. Jusqu’au jour où, dans leur maison accrochée aux contreforts de l’Himalaya, le narrateur découvre soixante-quatre épais carnets, le journal intime et impudique d’une Américaine, Catherine – ancienne propriétaire des lieux -, dont la lecture va peu à peu détruire son couple.

Ce que j’en ai pensé

« The Alchemy of Desire », c’est vrai que le titre en anglais est plus beau. Mais c’est vrai aussi que c’est le titre en français qui m’a attiré. Je ne l’aurai pas emprunté en anglais … En effet, vous allez vite comprendre (promis ce ne sera pas long), que c’est un véritable coup de griffe pour moi que ce roman là, lu en 2 mois, torture du soir, car quand même, je déteste abandonner des livres avant la fin, surtout une fois que j’en ai lu 300 pages … Et puis j’étais intriguée : c’est un best-seller mondial, et pourtant … et bien rien. Il m’a énervé d’un bout à l’autre.

Pour résumer, l’incipit c’est :

« L’amour n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est le sexe. « 

Et l’excipit :

« Le sexe n’est pas le ciment le plus fort entre deux êtres. C’est l’amour … « 

En gros, 800 pages (tout de même !) pour nous faire cette démonstration. J’aurais pu lui dire au départ, cela m’aurait évité des heures de lecture fastidieuses …

Ceci étant dit, je passe au détail !

Je ne mets pas du tout en doute la qualité littéraire. Le style et le niveau de langue ne sont pas désagréables.

Il y a même quelques réflexions intéressantes sur la situation actuelle de l’Inde (mais beaucoup moins que je ne le pensais, ce qui m’a déçu) : par exemple : « L’Inde avait perdu son innocence. Le terrorisme des années 80 nous avait dépouillés de notre suffisance et le lustre prestigieux que nous tirions depuis 3 décennies d’avoir expulsé les Anglais avec une superbe dignité s’estompait rapidement. »

Ou encore quelques attaques sur le mode de vie occidental et sa menace :

« Les journaux télévisés 24h/24 étaient une maladie occiendtale qui menaçait de submerger l’Orient. […] Elle provoquait des démangeaisons qui laisseraient une cicatrice indélébile sur notre sensibilité. »

Mais au final, tout le reste n’est que la description de la relation physique entre Fizz et le narrateur (il est vraiment trop fort, il la fait monter au 7e ciel au moins 5 fois par jour. Ou alors ce sont les fantasmes de l’auteur.) et puis la disparition de ce désir sexuel. Ensuite le récit des expériences sexuelles de l’Américaine qui a vécu 50 ans plus tôt au même endroit qu’eux. Et enfin les délires et fantasmes du narrateur. C’est un bon résumé, qui explique que ce roman m’a écœuré et que j’étais bien contente de le terminer (lu en diagonale vers la fin …).

Ah oui et puis également tout l’échec des tentatives d’écriture du journaliste, qui en fait un personnage moyen, raté, sans ambition, au point qu’on a envie de lui mettre des claques. Bref. Passons.

Je pense que tout le décalage entre mes attentes et ce que m’a apporté ce livre vient surtout que j’attendais un livre SUR l’Inde et qu’en réalité l’auteur a écrit un livre INDIEN (ce qui n’est pas surprenant mais bon …). Les personnages sont très proches de nous, très peu « orientaux ». Il a donc battu en brêche tous mes préjugés sur l’Inde, mais aussi c’est qu’il présente des individus d’un niveau social moyen, ni les riches maharajahs que l’on imagine, ni les dalits dépeints par Dominique Lapierre et Larry Collins. C’est donc peut-être un peu de ma faute.

Pour conclure, ce roman m’a déçu comme l’aurait fait n’importe quel roman européen que j’aurais pu lire : j’ai détesté les personnages, l’histoire était inintéressante, pour moi; et la morale ridicule. Bref, un fiasco littéraire, en lien avec mes goûts et mon ressenti de lectrice.

Quelques phrases savoureuses

« A quatorze ans l’innocence est un don. A quarante, c’est un désastre. »


« Les arts libéraux peuvent se révéler des torpilles contre l’autocratie, qui perforent sa coque avec des idées humanistes et égalitaires, et coulent son grand principe de gouvernance de droit divin. »

*

« Ce sont les amants qui ont besoin du talent de conteur. Ils ont besoin de se raconter des histoires en permanence pour s’empêcher de disparaître. »

« Je savais désormais qu’il n’existait pas de bibliocachot. Tout ce qui était écrit sincèrement vivait à jamais. Chaque mot vrai. Chaque histoire vraie. Il fallait trouver ses propres mots, sa propre histoire. »

***

Inde

7/80