Je remercie les Editions Au fil du temps, et les Agents littéraires pour l’envoi de ce beau livre.

Renaud Dengreville rend compte, dans ce livre de photographies, de ses échappées au cœur de son pays. « L’Aubrac hivernal, abandonné des hommes et des bovins, ouaté de silence ou raboté de souffle hurlant, n’appartient plus qu’au sauvage dans toute sa royale beauté. Les traces animales inscrivent la vie en pleins et déliés. Les écharpes de brume et de vent animent l’azur et les vallons loin des brouhahas superflus de la vie urbaine. Forêts et haies de résineux se métamorphosent, au gré des jours, en palais des glaces ou délicates œuvres d’artistes inspirés. Si la vie animale y est quasiment absente, le sculpteur frimas y joue de toutes ses cordes. »

« Le poète trouve l’angle juste pour arrêter le moment fugitif » nous dit Jacques Perrin dans la préface de ce très beau livre, au format oblong. Et c’est ce que fait Renaud Dengreville en parcourant le territoire de l’Aubrac, appareil photographique à la main : de l’art de saisir la nature en action, la nature vivante. Ici, son terrain de jeux est le cœur de l’hiver, des premiers froids au dégel printanier, qu’il ne fait qu’esquisser et nous laisse imaginer. Lui préfère la neige, le frimas (un brouillard épais qui se congèle avant de tomber), la faune et la flore qui se battent pour survivre durant de longs mois avant de n’émerger que plus beaux. Il s’intéresse à la beauté que l’on ne voit pas souvent, celle de l’immobilité. Il nous la montre sous des angles insolites : des animaux pris en pleine action, un flocon qui tombe, une branche qui ploie sous la glace.

Les textes sont même superflus ici, tant on est curieux de tourner une nouvelle page qui ouvre un autre monde. Un long parcours qui débute en octobre, au moment du dernier brame, où le jour semble décliner de plus en plus rapidement; et s’achève en avril-mai, quand la vie s’avère la plus forte. En quatre étapes seulement, Renaud Dengreville nous fait donc rentrer dans l’hiver puis en sortir, nous conduisant doucement par la main pour surprendre la vie qui est moins en suspens qu’on ne le pense, quand on sait regarder. Au cours de ce parcours, à chaque étape, trois arrêts sur image : les paysages, où comment élargir ses horizons; la faune, où comment prêter attention à la plus petite vie; et la matière, où l’infiniment petit, et peut-être là où se cache la beauté totale, d’une grande pureté.

Et tout au long de ces pages : le silence, omniprésent. Vous pensiez que le silence ne pouvait être rendu dans un livre ? Et pourtant c’est bien possible. Je ne m’aventurerai pas à vous le décrire, pour cela je ne peux que vous inciter à vous plonger dans ce magnifique livre et à vous laisser emporter dans cette contrée glaciale.

A lire dans son lit, bien au chaud, pour mieux l’apprécier. Et aller voir par soi-même, à l’occasion.