Je suis en retard, encore une fois (!) pour cette ronde des livres que je n’ai pas chroniqué, mais c’était de gros articles à écrire tout de même et j’ai voulu les soigner ! Pour ce mois-ci, 3 livres très différents :

Par l’auteur dEffroyables Jardins, que je n’avais pas vraiment apprécié, un roman étrange au suspens haletant qui prend place au cœur de la Foire internationale du Livre de Francfort, et va faire ressurgir de terribles fantômes.

Michel Quint traite ici d’un sujet que je ne connaissais pas du tout : le temps de la bande à Baader ou Fraction de l’Armée rouge, une organisation d’extrême gauche se présentant comme un mouvement de guérilla urbaine qui opéra en Allemagne fédérale de 1968 à 1998, contribuant au climat de violence sociale et politique de ce que l’on a appelé les « années de plomb ». Dans ce roman s’entremêle sensualité, Histoire, famille, terrorisme. Ou comment remuer un passé que personne ne veut voir ressurgir.

Mais, de la même façon que dans Effroyables Jardins, le style m’a encore gêné, volontairement relâché, proche de l’oral, qui m’empêche de le classer au rayon littérature (je sais, je suis terriblement conservatrice, je ne comprends pas que c’est une écriture moderne, etc etc. mais tout de même.). Cependant l‘histoire est prenante, pleine de rebondissements et j’ai apprécié ce traitement d’une partie de l’histoire allemande, peu connue.

Néanmoins, dans un livre écrit en 5 semaines (tiens, comme La Chartreuse de Parme !), on ne peut pas demander plus. A lire pour se détendre.

Une phrase au hasard

« Pour une phrase, il existe cent possibilités de traduire, cent vérités parce que rien n’est faux puisque rien n’est juste au départ, tout est copie approximative des choses réelles […] Ce sont les mots qui bricolent les faits d’autrefois. Et tous nous sommes complices de traduire l’Histoire ».

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Pour ce livre, je me suis trouvée à devoir battre en brèche tous mes préjugés concernant Colette, qui, je ne sais pourquoi, s’était imposée dans mon esprit comme un écrivain un peu « planplan ». Alors que je n’avais rien lu d’elle. C’est chose faite maintenant, et je suis encore sous le choc : je ne m’attendais pas au traitement d’un tel sujet, une jeune fille, Minne, qui cherche à tout prix le plaisir dans les rapports sexuels et passe de bras en bras. Le roman est composé de deux parties : la jeunesse de Minne (où elle rêve de bandits et de mauvais garçons dont elle deviendrait la Reine de la nuit) puis sa vie de femme mariée (proprement libertine). Ce roman était, à l’origine, deux courts récits : Minne et Les Egarements de Minne, qui ont ensuite été accolés, dans la logique de l’histoire.

Pas si ingénue que ça, au final, mais bien libertine ! C’est en cela que Colette est résolument moderne, en faisant de cette jeune femme le symbole de la revendication du plaisir féminin.

« J’ai couché avec lui et trois autres, en comptant Antoine. Et pas un, pas un, vous entendez bien, ne m’a donné de ce plaisir qui les jetait à moitié mort à côté de moi ; pas un ne m’a assez aimée pour lire dans mes yeux ma déception, la faim et la soif de ce dont, moi, je les rassasiais. »

Cependant, si le roman se termine sur une note positive, c’est aussi un bémol posé au libertinage, puisque Minne ne va trouver ce plaisir qu’avec son mari. En bref, Mesdames, ne cherchez pas plus loin que votre lit conjugal ! Une leçon pour toutes les jeunes filles qui se donnent des airs de Minne …

Donc certes, j’ai comblé une lacune. Mais finalement je n’ai pas tellement apprécié le style de Colette ni pris de réel plaisir à cette histoire, à la fois énervée contre Minne et contre la société bourgeoise engoncée dans ses traditions.

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Décidément, ce mois-ci les classiques n’ont pas la côte chez moi ! Publié en 1816, ce roman raconte les aventures amoureuses d’Adolphe, jeune homme qui passe d’une femme à l’autre jusqu’à ce qu’il rencontre Ellénore. Petit à petit, une passion se noue entre ces deux êtres indolents et profondément romantiques : « elle me permit de lui peindre mon amour; elle se familiarisa par degrés avec ce langage : bientôt, elle m’avoua qu’elle m’aimait. »

Mais comme on pouvait s’y attendre, Adolphe sent peu à peu cette passion s’éteindre : « que peut, pour ranimer un sentiment qui s’éteint, une résolution prise par devoir ? » mais il ne se l’avoue pas tout de suite. Or, « dès qu’il existe un secret entre deux cœurs qui s’aiment, dès que l’un d’eux a pu se résoudre à cacher à l’autre une seule idée, le charme est rompu, le bonheur est détruit. » Cependant, ce n’est pas si simple de rompre car Ellénore a tout quitté pour lui, il est donc responsable d’elle, qui n’a aucune ressource. De plus, d’un cœur tendre mais aussi très lâche, il hésite à lui faire du mal, préférant fuir les confrontations et les pressions que la bonne société fait peser sur lui.

« La grande question dans la vie, c’est la douleur que l’on cause, et la métaphysique la plus ingénieuse ne justifie pas l’homme qui a déchiré le cœur qui l’aimait. Je hais d’ailleurs cette fatuité d’un esprit qui croit excuser ce qu’il explique. »

Et à la fin, la réponse factice de la personne à qui l’on a raconté l’histoire d’Adolphe et nous en dit plus sur son avenir, conditionné et expliqué par cette aventure :

« J’aurais deviné qu’Adolphe a été puni de son caractère par son caractère même, qu’il n’a suivi aucune route fixe, rempli aucune carrière utile, qu’il a consumé ses facultés sans autre direction que le caprice, sans autre force que l’irritation. » C’est bien tout cela déjà que l’on voit évoquer dans le récit court de l’histoire d’Adolphe et d’Ellénore. Un jeune homme qui se laisse porter par la vie, mené par tous et n’en fait rien.

Benjamin Constant se fait bien ici le précurseur du romantisme, dépeignant avec force et précision les passions qui peuvent se déchaîner en l’homme, mais également ses faiblesses, qui ne sont que trop nombreuses. « Ma surprise n’est pas que l’homme ait besoin d’une religion; ce qui m’étonne, c’est qu’il se croie jamais assez fort, assez à l’abri du malheur pour oser en rejeter une. »

Finalement, ce que j’ai apprécié : la lucidité du narrateur, avec l’esprit critique de la jeunesse = « Les hommes se blessent de l’indifférence, ils l’attribuent à la malveillance ou à l’affectation; ils ne veulent pas croire qu’on s’ennuie avec eux naturellement. »

Mais ce qui m’a contrarié : la vacuité de la vie de ces deux êtres, qui ne savent que pleurnicher et se rendre malheureux.

Une chronique en demi-teinte donc. Cependant, je ne suis pas sûre que je ne le relirai pas un jour, car ce n’était peut-être pas le bon moment pour l’apprécier.

Rendez-vous le 5 avril pour le prochain rendez-vous avec Hérisson et Somaja !