L’auteur

Margaret Atwood est l’un des écrivaines canadiennes les plus connues.

Née à Ottawa, Ontario, Margaret Atwood passe la majeure partie de son enfance entre les forêts du Nord du Québec, Sault Ste. Marie et Toronto. Elle commence à écrire à l’âge de 16 ans.
Après avoir reçu la médaille E. J. Pratt pour son recueil de poème Double Persephone, elle poursuit ses études à Harvard et est diplômée en 1962 avant de continuer ses études à l’Université Harvard pendant quatre ans.
Elle a ensuite enseigné dans plusieurs universités.

Le Prix Arthur C. Clarke lui a été décerné en 1987 pour son roman The Handmaid’s Tale, publié en français sous le titre La Servante écarlate.

Elle a remporté le Booker Prize en 2000 pour son roman The Blind Assassin, publié la même année au Canada et en 2002 en France sous le titre Le Tueur aveugle.

De quoi le livre parle

Dans un pays non identifié, en réponse à la baisse brutale de la fécondité des femmes, qui mettait en danger la survie de l’espèce humaine (liée à des accidents nucléaires), la société a connu un bouleversement majeur quelques années auparavant, qui a conduit une secte religieuse à prendre le pouvoir. Désormais, les femmes sont divisées entre les Epouses, qui n’ont qu’une fonction sociale, les Servantes, chargées de la reproduction, les Marthas, qui servent les autres. Les femmes qui ne se sont pas pliées à ces nouvelles règles sont envoyées dans les colonies ou dans des lieux de prostitution. Les relations personnelles homme/femme n’ont plus cours : « Notre fonction est la reproduction; nous ne sommes pas des concubines,des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent les désirs secrets. » Les femmes n’ont plus aucune liberté.

Ce roman est transcrit sous la forme d’un récit, par une de ces « servantes » habillées de robes écarlates.

« Je voudrais que cette histoire soit différente. Je voudrais qu’elle soit plus civilisée. Je voudrais qu’elle me montre sous un meilleur jour, sinon plus heureuse, au moins plus active, moins hésitante, moins distraite par des futilités. Je voudrais qu’elle ait plus de forme. Je voudrais qu’elle parle d’amour, ou d’illuminations soudaines importantes pour ma vie, ou même de couchers de soleil, d’oiseaux, d’ouragans ou de neige. »

Ce que j’en ai pensé

Car c’est un monde complètement fou que nous décrit Margaret Atwood dans ce dense roman; un pays qui fait froid dans le dos au fur et à mesure que l’on en apprend davantage, de la bouche même d’une « Servante écarlate ». Non seulement parce que l’auteur nous décrit un régime totalitaire et effroyable, mais aussi et surtout car la narratrice évoque à plusieurs reprises sa vie d’avant, tout à fait normale, 3 OU 4 années seulement auparavant, quand elle était mariée, travaillait et vivait avec sa petite fille. Bref, une société comme la nôtre, qui aurait dérivé.

Au fur et à mesure, par un récit a posteriori, la narratrice nous décrit sa vie actuelle, avec de constants flash back sur son passé. On la voit évoluer peu à peu, se résigner à sa vie. On se demande d’ailleurs COMMENT elle peut s’y résigner.

« Etait-ce ainsi que nous vivions alors ? mais nous vivions comme d’habitude. Comme tout le monde, la plupart du temps. Tout ce qui se passe est habituel. Même ceci est devenu habituel, maintenant. » Là est la clef : l’habitude, ce qui devient la normalité. Très rapidement.

« Je cède mon corps, librement, à l’usage des autres. Ils peuvent faire de moi ce qu’ils veulent. Je suis abjecte. Je ressens, pour la première fois, leur véritable pouvoir. »

La force de ce pouvoir qui s’étend et étouffe toute la société, ne laissant aucun choix à ses citoyens, est en effet la rapidité avec laquelle il a maîtrisé l’ensemble des mécanismes et a forcé le cours de l’histoire. Un retour aux valeurs traditionnelles auquel ils s’habituent tous. Ainsi quand la narratrice croise un groupe de touristes japonais, elle ne peut s’empêcher de remarquer : « Nous sommes fascinées, mais aussi dégoûtées. Elles paraissent déshabillées. Il a fallu si peu de temps pour changer notre façon de voir, pour ces choses. »

L’amour a été anéanti, puisqu’il déchaînait des passions. Le mariage a été détruit, sauf dans des cadres très stricts, car il créait des inégalités.Au point que les hommes semblent avoir oublié qu’il y avait autre chose avant.
Ainsi, quand la narratrice évoque cette question, son chef lui demande :

« Qu’avons-nous oublié ?

– J’ai répondu : L’amour.

– L’amour ? quelle sorte d’amour ?

– Tomber amoureux »

« Comme le savent tous les historiens, l’histoire est une immensité obscure, qui résonne d’échos. Des voix peuvent parvenir à nos oreilles mais ce qu’elles nous disent est prégnant de l’obscurité de la matrice d’où elles proviennent et, quels que soient nos efforts, nous ne pouvons pas toujours les déchiffrer avec précision à la lumière plus nette du jour d’aujourd’hui. »

Un récit bouleversant, mais qui m’a laissé un peu froide, tellement j’ai été horrifiée, bouleversée par cette société. Une dystopie dérangeante, qui nous met face à des désirs secrets et aux pires côtés de l’homme.

Incursions

« Il y a plus d’une sorte de liberté, disait Tante Lydia. La liberté de, et la liberté par rapport à. Au temps de l’anarchie, c’était la liberté de. Maintenant, on vous donne la liberté par rapport à. Ne la sous-estimez pas. »

« Nous vivions, comme d’habitude, en ignorant. Ignorer n’est pas la même chose que l’ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. »

« Mieux ne veut jamais dire mieux pour tout le monde, dit-il. Cela veut dire toujours pire, pour certains. »

Les hommes : « C’est comme s’ils étaient constamment distraits, comme s’ils n’arrivaient pas tout à fait à se rappeler qui ils sont. Ils regardent trop le ciel. Ils perdent le contact avec leurs pieds. Ils n’arrivent pas à la cheville des femmes, sauf qu’ils savent mieux réparer les voitures et jouer au football, tout ce qu’il nous faut pour améliorer la race humaine, pas vrai ? »

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CANADA

9/80

5/10