Le livre

Le jeune Than, âgé de 16 ans, disparaît un jour de son village, alors qu’il a tout pour être heureux dans une famille qui le gâte et un avenir brillant devant lui. Il se réfugie à Saïgon où il va affronter la vie des tréfonds vietnamien, celle de la corruption, de la prostitution et de la misère. On apprendra au fur et à mesure du roman ce qui s’est passé et ce qui l’a poussé à fuguer.

Ce que j’en ai pensé

C’est un roman très sombre que ce nouveau pavé de Duong Thu Huong. Je l’ai acheté lors de ma rencontre avec l’auteur en novembre dernier, au cours de laquelle elle avait évoqué sa vie mais aussi et surtout ce livre. Elle avait mis l’accent sur la différence de ce roman avec les précédents.

En effet, contrairement à ses autres œuvres, celui-ci se déroule presque totalement dans la vie urbaine. Elle y décrit des aspects différents de la société vietnamienne, peu reluisants, même s’ils s’inscrivent toujours en reflet de la vie rurale. C’est donc un récit plus sombre que les autres :

« L’homme évolue mais ne change pas. Un tas d’argile, une fois formé et cuit, ne bougera plus. Le vase peut se fendre, vieillir ou se casser, mais il ne changera plus de forme. »

De la même façon, l’œuvre est principalement centrée sur l’histoire et les sentiments individuels de Than, alors qu’habituellement elle met plutôt l’accent sur le collectif.

Mais on retrouve tout de même les aspects fétiches de Duong Thu Huong : le poids des traditions, des valeurs familiales, qui décident des actes de chacun.

J’avoue que j’ai eu du mal à entrer dedans : une préface de près de 100 pages, avant d’entrer dans le vif du sujet, m’a semblé un peu longue. Et puis elle raconte l’histoire de Than, tout en expliquant à chaque fois les raisons des actes de chaque personne, en remontant l’histoire familiale, toujours longuement. Ce qui fait que j’ai eu du mal parfois à retrouver le fil de l’histoire principale (même si tous ces récits annexes sont passionnants, on veut d’abord finir l’histoire de Than !)

Je n’ai raccroché finalement que dans la deuxième moitié de l’œuvre, une fois que l’on appréhende plus clairement vers où convergeait tous les récits, et que l’on commence à comprendre que la souffrance est universelle et dépasse sa seule personne et sa seule histoire.

« La vie ! Une leçon que je devrais inlassablement réviser jusqu’au moment de descendre sous terre. »

Enfin, la fin en points de suspension ne m’a pas laissé sur ma faim, et nous laisse imaginer ce que voulons pour Than, liberté de lecteur que j’apprécie de plus en plus.

Au final, avec quelques pages de moins, le roman aurait été plus linéaire. Mais peut-être faut-il le lire plutôt comme une fresque que comme un roman à l’intrigue unique. Un roman qui a un souffle différent, qui me fait penser un peu à certaines fresques que j’ai trouvé dans des romans indiens. Un roman impitoyable envers le Vietnam moderne qui broye les individus.

En bref, Duong Thu Huong nous offre encore un beau roman, dans lequel j’ai retrouvé avec plaisir son écriture extrêmement poétique, sa force descriptive – aussi bien des paysages que des traditions – qui m’a encore et toujours donné envie de partir au Vietnam !

Incursions

« Ce n’est qu’aujourd’hui que je comprends enfin que je me suis laissée abuser par le roman de Charlotte Brontë. Sept ans. Les écrivains sont souvent de grands malfaiteurs. Des criminels même. Pourquoi n’existe t-il pas de tribunaux pour les juger ? Pourquoi pas des prisons pour les enfermer, ces gens qui empoisonnent l’esprit de l’humanité avec des milliers d’idées farfelues, d’arguments fallacieux et erronés. Plus leur talent est grand, plus leur faute est lourde. »

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« Les chefs des réseaux de prostitution et de vente de drogue sont tous des hauts gradés des ministères de l’Intérieur et de la Défense. Et le troisième larron dans trafics, c’est la commission économique du Comité central. »

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« Tout amour, aussi hors norme soit-il, ne peut s’épanouir que sur la base de la liberté. »

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10/80

VIETNAM !