Pour changer un peu des romans, je voulais vous parler aujourd’hui d’un petit ouvrage sur lequel je suis tombée par hasard dans une librairie …

Un détail rigolo : il a été publié en 1993, il n’y a donc pas la ligne 14

Mais sinon on y apprend un certain nombre de choses ! je me disais que je devrais toujours l’avoir sur moi et en lire des passages aux gens quand le métro tombe en panne … comme ça ils ne perdent pas de temps ! 🙂

Cet historien réputé s’attelle donc à l’histoire du métropolitain parisien, de la ligne 1 à la ligne 13, à travers l’évolution des tracés du métro, l’histoire des noms des stations et des anecdotes intelligentes et drôles, le désignant comme un « panthéon mobile » ou encore une « toile d’araignée de noms propres étendue sur Paris, qui délègue l’Histoire à chaque coin de rue. »

Car c’est bien l’histoire de Paris que dessine l’histoire du métro, une histoire faite d’ancêtres lointains, de batailles méconnues et d’illustres inconnus. Et pourtant ! ils n’en méritent pas moins d’être reconnus aujourd’hui, à travers ce livre et mon court article !

Pour commencer, l’historien s’interroge sur les causes qui ont poussé les politiques de l’époque du métro (tout le long du XXe) à donner ces noms, parfois jetés au hasard ou accolés à d’autres non sans rapport ! Par exemple, le physicien Réaumur accolé à la ville de Sébastopol, où il n’a jamais mis les pieds !

Qui sait pourquoi on l’appelle la station Montparnasse-Bienvenüe ? eh oui ! le trémas a son importance puisque c’est un hommage à Fulgence Bienvenüe, ingénieur et créateur du réseau métropolitain !

Qui se souvient du sculpteur Falguière ? du géologue Brochant ? du chimiste Balard ?

Qui était Miromesnil ? (psssst : c’était un garde des Sceaux de Louis XVI …)

Dans la plupart des stations, il est souvent étrange de voir comment l’histoire est suggérée aux passagers …

Pierre Miquel remarque par exemple une forte penchée à gauche dans les appellations : Voltaire, Diderot, Ledru-Rollin, Barbès, Raspail et Louis Blanc, etc. Rares finalement sont les ministres ou hommes d’Etat, ou même les serviteurs de l’Etat (Haussmann n’y est pas !). Par contre, généraux et colonels abondent (Cambronne, Daumesnil, Masséna, etc.)

On peut également noter l’injustice flagrante envers les gens de lettres et de science : peu d’artistes, pas de Racine, Corneille ou Molière. Pas de Balzac ou de Proust. Seuls Hugo et Zola trouvent grâce aux yeux du Conseil municipal de Paris, avec Dumas. Aragon et Anatole France sont relégués en périphérie.

Enfin, on ne peut s’empêcher de relever un certain chauvinisme … : deux présidents des Etats-Unis seulement, un roi d’Angleterre et deux révolutionnaires étrangers (Garibaldi et Simon Bolivar !)

Etc, etc.

Le choix des noms en dit long sur la mentalité des édiles qui les ont choisi, selon l’époque : ils trahissent idées reçues, préjugés mais aussi actes de foi, crises de conscience collectives …

Reste à imaginer une grande parade de tous ces personnages issus de siècles et de milieux si différents … !

« Prendre le métro n’est plus alors s’engouffrer dans une rame, mais participer à la fête de l’Histoire. »

Un essai à découvrir !