Samedi soir, ma fidèle Lili Galipette et moi-même nous sommes aventurées dans le quartier populaire de Montmartre, pour assister à une représentation des Justes de Camus, mis en scène par Odile Mallet et Geneviève Brunet dans un minuscule théâtre, celui du Nord-Ouest.

Ce théâtre joue actuellement L’intégrale de Giraudoux, et bien d’autres pièces : un répertoire très alléchant !

Pour notre part, nous avons donc assisté à la dernière des Justes dans ce théâtre, jouée chaque samedi depuis plus de 2 ans. On y a découvert des artistes fantastiques, jouant leur rôle jusqu’au bout, comme au premier jour semble t-il. Au-delà de la pièce de Camus, qui est géniale soit-dit en passant, l’interprétation était parfaite, même pour les seconds rôles. L’ambiance de tension y était particulièrement retranscrite (jusqu’à une canalisation qui a lâché durant le spectacle, le ponctuant d’un ploc-ploc qui rajoutait encore à cette tension …). Et la proximité avec les acteurs (70 places, réparties du 2 rangées tout autour de la scène) rajoutait à la force de la pièce.

Mise en scène en décembre 1949, au Théâtre Hébertot, cette pièce appartient au deuxième cycle des œuvres de Camus, celui de la Révolte. La pièce s’écrit pendant la longue élaboration de L’Homme révolté dont le chapitre « Les meurtriers délicats » sera consacré aux protagonistes des Justes. Dans la Russie de 1905 qui lui semblait surgir des Démons de Dostoïevski, Camus trouva ce qu’il cherchait: une sorte d’équivalent éthique pour parler de son temps.

Les Justes, c’est l’histoire d’une cellule anarchiste au début du XXe siècle en Russie. 4 hommes et 1 femme qui vivent pour leurs idéaux et luttent contre la tyrannie. Ici, cette dernière est symbolisée par l’archiduc actuel, qu’il va s’agit d’assassiner. Or, au moment de lancer la bombe, deux enfants se trouvent aussi dans la calèche …

C’est tout Camus qui est présent dans cette pièce, à travers le personnage de Yanek, ses idéaux et son humanisme. Certes il va tuer, mais il ne tue pas un homme, mais bien une idée. Or, les enfants se sont pour rien dans la tyrannie. Il refuse de lancer la bombe et s’oppose à Stepan, révolutionnaire acharné qui revient de 3 ans de bagne et s’est radicalisé, nourrissant sa haine contre toute la société bourgeoise (et même le peuple, qui sera forcé d’être libre s’il s’oppose aux desseins des révolutionnaires …) : « C’est tuer pour rien, parfois, que de ne pas tuer assez ».

La pièce interroge la notion de liberté (« La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre »), de combat (« J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre« ), de courage, mais aussi ce qui fait de nous des hommes (au sens d’humanité …) : « C’est facile, c’est tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre. »

Une pièce à lire … et à voir !

« Nous ne sommes pas de ce monde. Nous sommes des justes. Il y a une chaleur qui n’est pas pour nous. Ah! Pitié pour les justes ».