Le livre

Le roman d’Edith Wharton raconte l’histoire d’un jeune homme, Newland Archer, pleinement acteur de la société new-yorkaise fermée et codifiée des années 1920, et déchiré entre un amour naturel et conventionnel, et une passion pour une femme rejetée par cette même société.

Ce que j’en ai pensé

C’est un grand roman que nous a livré Edith Wharton à travers le Temps de l’Innocence. On y retrouve ses thèmes favoris : la solitude, l’amour frustré, la force des barrières sociales. Ici, elle nous fait respirer, l’espace de 200 pages, l’atmosphère d’un New-York puritain et bourgeois, admirablement décrit dans ses forces et faiblesses.

Car la lutte de Newland Archer n’est pas seulement une lutte intérieure, mais aussi celle d’un homme contre l’inertie d’une société. Une inertie contre laquelle il va se briser, lui et sa passion, qu’il n’a pas le courage de vivre.

C’est ce combat qui en fait un roman remarquable par la force humaine qui s’en dégage : la volonté de liberté de Newland et de la comtesse Olenska; le poids du clan; la force des traditions. Tout se mêle et s’entremêle pour en faire un récit terrible sur l’amour mais aussi et surtout sur les faiblesses humaines.

On suit avec angoisse la progression de Newland (je l’encourageai presque, j’en criai presque quand je le voyais retomber dans les filets de la société), qui est conscient de son emprisonnement, et veut s’en sortir ! désespérément … :

« Mais ne pas faire comme tout le monde, c’est justement ce que je veux ! insista l’amoureux. »

Mais j’avoue que quand May lui répond, je me suis aussi sentie gagnée par le découragement :

« Vous êtes si original ! dit-elle, avec un regard d’admiration. Une sorte de découragement s’empara du jeune homme. Il sentait qu’il prononçait toutes les paroles que l’on attend d’un fiancé, et qu’elle faisait toutes les réponses qu’une sorte d’instinct traditionnel lui dictait – jusqu’à lui dire qu’il était original ».

Cette intuition, cette volonté du départ, qui court tout le long du récit, est encore renforcée par la rencontre avec la comtesse Olenska et les longues discussions qu’ils peuvent avoir :

« – Franchement, que gagneriez-vous qui pût compenser la possibilité, la certitude d’être mal vue de tout le monde ?

– Mais … ma liberté : n’est-ce rien ?

Petit à petit, on le voit évoluer. Il pose un regard de plus en plus lucide sur cette société qu’il critique tout en s’y sentant chez lui (« Archer goûtait un plaisir d’une qualité rare à se trouver dans un monde où l’action jaillissait de l’émotion. ») Mais en même temps, il sait ce qui l’attend : « Il songeait à la platitude de l’avenir qui l’attendait et, au bout de cette perspective monotone, il apercevait sa propre image, l’image d’un homme à qui il n’arriverait jamais rien. »

May, qui représente à la fois les délices de la société, mais aussi son fléau, le met devant cette faiblesse, le force à prendre une décision qu’il refuse de toutes ses forces. Jusqu’à l’assaut final où il comprend que l’individu n’est rien face à la force sociale de son clan.

Il n’y a pas de héros ici, pas de morale, juste un texte plein de vie, d’une lucidité rare sur la condition humaine et sur la société toute entière. Mais ce n’est pas pour autant un récit complètement sombre puisqu’il est évoqué ensuite l’évolution de cette société, à travers les enfants de Newland, qui n’ont pas connu la période puritaine et étouffante de sa jeunesse. Il se termine donc sur une note positive : que toute société tend vers plus de liberté … nous l’espérons aussi …

Un texte intemporel et éternel.