Alors que je viens tout juste de terminer – on pourrait tout aussi bien dire dévorer – ce roman, je ne peux résister à l’envie de vous en parler de suite …

Cela faisait un moment que je voulais m’attaquer à ce texte, en partie parce que je ne connaissais pas l’histoire réelle, seulement le mythe, et aussi parce que cela me permettait de lire en anglais … (à deux jours de mon examen du TOEIC, ce n’est pas superflu …). Mais il se trouve que la curiosité a bien vite pris le pas sur le « devoir » et que je n’ai tout simplement pas pu le reposer une fois commencé. Je tiens à préciser que malgré ma lecture passionnée, je me suis accrochée au texte anglais jusqu’au bout … pour la beauté de la langue !

Car ce qui m’a le plus accroché de prime abord, c’est de retrouver l’anglais du XIXe siècle que j’ai pour la première fois apprécié en lisant Frankenstein, de Mary Shelley, en classe de première. C’est dans cette optique que j’ai commencé Jekyll car j’avais dans l’idée que les textes pouvaient être proches, et ce fut bien le cas. A la fois dans le style, très descriptif mais très efficace, qui donne une ambiance très gothique au texte; et dans le mode de narration, à l’aide de témoins étrangers, de lettres explicatives, de récits à posteriori.
De la même façon, Victor Frankenstein (qui est le savant créateur, et pas le nom du monstre …) et le Dr Jekyll, deux savants fous, ont créé de toutes pièces leur destin, la perte de leur âme et leur mort, dans le désespoir et la peur, comme la renonciation de ce qu’il peut y avoir d’humain en l’homme.

L’histoire

Quelle est finalement l’histoire originelle de Dr Jekyll et Mr Hyde, avant qu’elle ne soit reprise et déformée sur le grand et le petit écran ?

Un notaire enquête sur des faits étranges impliquant un éminent et charitable médecin londonien, le docteur Jekyll et une sombre créature, Edward Hyde, qui semble être le mal à l’état pur (ce que l’on voit dès les premières pages par divers incidents démontrant sa personnalité). Petit à petit, on prend conscience que ces personnages ne sont en réalité qu’un seul (mais le récit est monté d’une façon qu’il est difficile – en tout cas si l’on ne connaît pas l’histoire – de deviner cela au début). En effet, Jekyll, précurseur des tendances de la médecine psychanalytique moderne, a diagnostiqué deux éléments de sa personnalité (« man is not truly one, but truly two »), qu’il arrive à dissocier par hasard grâce à des poudres chimiques. Il peut ainsi se livrer à ses plus bas instincts, tout en restant sous le couvert de sa respectabilité. Or, rapidement, ces instincts prennent le dessus et il lui est de plus en plus difficile de se débarrasser de Hyde, qui se renforce de jour en jour (c’est d’ailleurs intéressant de voir qu’au départ, ce dernier est un petit nain blafard, plus jeune que Jekyll, comme s’il avait moins vécu … ce qui est vrai ! et puis Jekyll s’affaiblit et c’est Hyde qui grandit …).

Mon avis

On a affaire ici à un chef d’œuvre de la littérature. Le fait de connaître l’histoire ne gâche en réalité que très peu le plaisir, qui est niché dans la manière de traiter le sujet, et les réflexions finales de Jekyll. En effet, comme Frankenstein, le docteur Jekyll prend conscience non pas de la dangerosité de la science, ce n’est pas véritablement le sujet, mais bien de la fragilité de ce que l’on appelle l’homme et de la limite extrêmement mince qui existe entre l’humanité et la bestialité la plus basse. Jekyll a fait tomber cette barrière, pensant qu’il pourrait être plus pleinement lui, en se débarrassant de la honte des mauvais actes que son bon côté désapprouve :

« the injust might go his way, delivered from the aspirations and remorse of his more upright twin; and the just could walk steadfastly and securely on his upward path, doing the good things in which he found his pleasure, and no longer exposed to disgrace and penitence by the hands of this extraneous evil. »

Mais il s’aperçoit rapidement que c’est un échec (ou plutôt un plein succès ?), que le monstre en lui est allé trop loin (« Edward Hyde, alone, in the ranks of mankind, was pure evil », ce dont tous ceux qui le rencontrent ont conscience sans savoir d’où vient ce sentiment). Cependant, il a alors un moment d’hésitation : « between these two I now felt I had to choose. » Mais comme il le dit : « Strange as my circumstances were, the terms of this debate are as old and commonplace as man ».

Il choisit finalement le côté positif en lui. Mais il est trop tard, car sa partie « bonne » est aussi coupable, ayant laissé s’échapper le côté négatif. A partir de là, Jekyll est mort, il ne reste plus que Hyde. Cependant, Stevenson ne reste pas sur une note négative, puisque Hyde est pris de remords face aux sentiments de Jekyll, et il aura à la fin, son comportement le plus humain.

Pour conclure

C’est un roman extrêmement complexe, qu’il est difficile d’analyser en quelques lignes. Mais ce fut une expérience littéraire comme je les aime, bien loin du simple roman noir auquel je m’attendais : celle qui force à réfléchir, celle dont le souvenir ne nous lâche pas pendant des jours, des semaines, et qui revient nous hanter des mois et des années durant. De la même façon que je n’ai jamais oublié ma découverte de Frankenstein, je place ce livre dans mon panthéon littéraire.

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5/12