À plusieurs reprises, Super Bibliothécaire s’était demandé ce qu’il se passait la nuit à la bibliothèque. Cette réflexion lui était venue en arrivant le matin alors qu’il découvrait des livres mal rangés, des pages manquantes, des DVDs sans pochettes et des magazines apeurés enroulés sur eux-mêmes. Il pensait peu probable que les documents soient somnambules ou fassent de mauvais rêves (quoique ? des rêves de lecteurs les martyrisant, cela terrifierait n’importe qui, de quoi rentrer ses pages dans sa couverture…).

Redoutant que les moutons de poussière ne soient revenus, Super Bibliothécaire décida de mener l’enquête. Un soir, à la fermeture de la bibliothèque, avec l’air digne d’un croisement entre la panthère rose et Sherlock Holmes, il se dissimila dans un placard et attendit patiemment (avec un livre et une lampe de poche tout de même…). Enfin, il se décida à sortir.

Un instant, il s’arrêta pour humer l’air si familier de la bibliothèque, et savourer le silence dans l’obscurité grandissante qui envahissait le lieu. Lui revinrent alors en mémoire quelques vers d’un célèbre poème de SC, paru quelques siècles plus tôt.

« Here is the library

Where lay dreams and beauty

And it’s such a misery

We can’t stand there for eternity

To forget the world entirely,

And read, and read, and be free. »

 Alors qu’il cherchait la suite, Super Bibliothécaire fut subitement tiré de sa rêverie poétique par un bruit étrange. Comme un claquement de bottes, suivi d’un bruit de papier traînant sur la moquette.

Une voix s’éleva.

– Alors mes palo ! on fait encore la sieste ? Prêts à repartir en campagne ?

Suivit alors un vague bruit, et Super Bibliothécaire se rendit compte que les livres tremblaient, et il était bien sûr que ce n’était pas de froid ! Intrigué, il se rapprocha lentement de l’endroit d’où semblait provenir cette voix, noire d’encre.

Ce qu’il vit alors dépassait toute description puisqu’il ne s’agissait ni plus ni moins que du redoutable Roi des Livres, sorti tout droit de l’imagination des lecteurs et composé de tous les récits du monde. Aujourd’hui, il était à la fois le capitaine Henri Villon (du Déchronologue), le capitaine Long John Silver, etc. Bref, il était dans sa période maritime. Super Bibliothécaire mit quelques minutes à se reprendre, car cela faisait longtemps que le Roi des Livres ne lui était pas apparu. Dans sa confusion, il ne le salua pas, et le Roi s’approcha de lui d’un pas lourd, le genre de pas dont le bruit lui-même est terrifiant.

– Eh bien gredin, on ne reconnaît plus Sa Majesté Livresque ? On ne la salue pas ? Tu crois que sous prétexte que tu sais ranger des livres par ordre alphabétique et par la Dewey (célèbre classification à laquelle les lecteurs ne comprennent rien, et parfois les bibliothécaires non plus…), tu m’es supérieur ? Tu vas sentir ma colère, tremble !

Sur ce, sous le regard terrifié de Super Bibliothécaire, il sortit un livre de sa poche, s’assit confortablement et d’une voix de présentateur TV, presque aimable, il commença.

A SUIVRE

(Le bibliothécaire – Arcimboldo)