Suite de la première partie …

… Sur ce, sous le regard terrifié de Super Bibliothécaire, il sortit un livre de sa poche, s’assit confortablement et d’une voix de présentateur TV, presque aimable, il commença … 

– Bien. Je vais te poser trois questions. Tu dois répondre aux trois pour sauver ta vie, ou alors je t’emmène avec moi, que tu tâtes des canons de mon Déchronologue ! Mouhahahahaha. Tu dois trouver un auteur, un livre et un personnage. C’est parti !

Ayant repris ses esprits, Super Bibliothécaire soupira sous le coup de cette nouvelle extravagance du Roi des Livres, mais il savait qu’il n’avait pas le choix. Et puis, cela soulagerait les livres pendant quelque temps s’il parvenait à dompter un peu leur Roi. Il se prépara donc, mais comme d’habitude, il fut surpris : car le Roi des Livres ne se contenta pas de poser des questions, mais le transporta directement sur place. Super Bibliothécaire eut juste le temps d’apercevoir des collines gorgées de lumière, une masse caillouteuse imposante pointée vers le ciel, des couleurs vives splendides et l’espace d’un instant il crut même entendre le bruit d’une cigale. La seconde d’après, il était plongé dans l’obscurité la plus totale, puis il entendit un cri : « le grisou » ! suivi d’une explosion phénoménale qui le projeta au sol. Quand il se releva, il était de retour dans la bibliothèque.

Le Roi des Livres, de l’air de celui qui vient de bien s’amuser lui dit :

Alors, as-tu trouvé à quel auteur je pensais ?

– Il aurait été plus simple de me donner un titre de livre, répondit Super Bibliothécaire, mais ton piège a échoué, car c’est très clair ! Le premier paysage c’était celui de la Provence lumineuse et chantante, si chère à Zola et à son ami Cézanne qui a peint tant de fois la Sainte-Victoire. Le deuxième tableau c’était une mine de charbon, qu’évoque ce même Zola dans Germinal

– Bon, c’était trop facile ! Tu ne t’en tireras pas si facilement la prochaine fois !

Cette fois-ci, la bibliothèque ne disparut pas, mais Super Bibliothécaire vit soudain surgir un rat, avançant avec hésitation entre les rayons. Soudain, il redressa la tête, aperçut le bibliothécaire et trottina vers lui. Ce dernier ne perdit pas son sang-froid et se saisit discrètement du premier livre qui lui tombait sous la main, au cas où. Mais il n’en eut pas besoin, car le rat s’arrêta à un mètre de lui, se dressa sur ses pattes arrière et se mit à lui parler. Une unique phrase. Puis il disparut.

« Il ne s’agit pas d’héroïsme dans tout cela. Il s’agit d’honnêteté. »

Super Bibliothécaire resta perplexe un instant. Cette phrase lui disait quelque chose, mais où l’avait-il lu ? Le Roi des Livres s’approcha de lui, prêt à entendre sa reddition. Mais le bibliothécaire fit d’un coup le lien entre le rat et la phrase : évidemment, c’était un des personnages du livre lui-même qui était venu lui souffler la citation !

« C’est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c’est l’honnêteté », compléta Super Bibliothécaire. La Peste, Albert Camus, 1947.

Le Roi des Livres eut du mal à se maîtriser cette fois-ci, mais il se reprit vite.

– Bien, je vois que l’on n’embauche pas n’importe qui dans les bibliothèques de nos jours, c’est rassurant. Mais voyons jusqu’où va ta culture, et si tu sauras reconnaître ce personnage.

Un énorme dragon vert apparut soudain devant Super Bibliothécaire. Ce dernier le contempla quelques minutes, ébahi, car la bestiole mesurait tout de même près de 3 mètres ! Ce fut le Roi des Livres qui le ramena à la réalité :

– Alors ? as-tu trouvé ? le questionna-t-il d’un ton grinçant. Sinon, tu peux déjà préparer ton gilet de sauvetage et ton maillot de bain !

Mais Super Bibliothécaire n’avait pas dit son dernier mot. Il ne s’intéressait pas seulement à la littérature ancienne, et faisait souvent des incursions dans les dernières parutions. En l’occurrence, il se souvenait parfaitement de ce livre paru il y a quelque temps déjà, qui l’avait enthousiasmé.

Il s’adressa alors directement au personnage qui se dandinait sur la moquette de la bibliothèque, avec l’air gêné de celui qui n’ose empêcher son camarade de faire des bêtises.

– Alors Hildgunst, comment ça va à Bouquinbourg ? J’irais bien y faire un tour prochainement, histoire de fouiner un peu dans les bouquinistes…

Le rugissement du Roi des Livres laissa de marbre le bibliothécaire : il y était habitué. Fou de rage, mais vaincu, le Roi ne put cependant que s’incliner (selon le Code Livresque, très contraignant, qui codifiait tous les comportements aussi bien des personnages que des livres eux-mêmes, ces derniers ne pouvaient faire preuve de mauvaise foi, contrairement à leurs modèles réels…), et il disparut en l’espace d’une respiration.

Hildegunst Taillemythes, tout droit sorti de La Cité des Livres qui rêvent, se tourna alors vers Super Bibliothécaire :

Et un petit voyage au cœur des catacombes de Bouquinbourg, qu’en penses-tu ?