L’auteur

Daniel Keyes a un diplôme en psychologie. Après une première expérience dans l’édition, il écrit plusieurs scénari pour des comics publiés par Marvel, puis par EC Comics. Puis il devient professeur d’anglais, de littérature américaine et d’écriture à l’Université de l’Ohio. En parallèle, Keyes s’essaie à l’écriture, en publiant en 1966 Des fleurs pour Algernon.

Le livre

Il débute par un extrait de La République de Platon qui décrit le trouble qui peut saisir l’âme quand elle passe de l’obscurité à la lumière, ou inversement, de la lumière à l’obscurité.

Et en effet, Des fleurs pour Algernon décrit le voyage cognitif d’un retardé mental léger dont le quotient intellectuel est doublé par un procédé scientifique. Son changement de point de vue sur le monde est retranscrit sous forme de journal.

Des fleurs pour Algernon remporte d’abord le prix Hugo de la meilleure nouvelle en 1960 puis le prix Hugo spécial de la meilleure nouvelle longue de tous les temps en 1992. La nouvelle devient ultérieurement un roman qui gagne le prix Nebula du meilleur roman en 1966. Traduit dans plus de 30 pays, vendu à cinq millions d’exemplaires. Il est enfin adapté par Ralph Nelson en 1968, sous le titre de Charly.

Ce que j’en ai pensé

On imagine rarement comme il est difficile de parler d’un livre qui nous a bouleversé, qui nous a fait pleuré. Il m’a fallu ici près de deux semaines pour me décider à rédiger cet article sur Algernon.

Ce roman m’a d’abord un peu décontenancé puisqu’il est abordé sous l’angle de vue de Charlie, que l’on a poussé à raconter son expérience par des compte-rendu réguliers, avec ses propres mots. Les 10 premières pages sont donc bourrées de fautes d’orthographe … et puis, petit à petit, on voit son écriture s’améliorer, ses pensées s’approfondir. C’est au cœur même du texte, de ce récit que Daniel Keyes a inscrit l’évolution de Charlie, au fil des pages. Et c’est ce qui en fait un roman des plus touchants, qui m’est allé droit au cœur.

Au-delà de cette écriture et de cette construction particulière, le roman aborde de nombreuses questions brûlantes qui touchent à l’intelligence de l’homme. Comme le dit un des médecins : « Plus tu deviendras intelligent, plus tu auras de problèmes, Charlie. » N’était-il pas finalement plus heureux avant ? Il avait des amis, un travail. Quand il prend conscience qu’il devient plus intelligent, de nouveaux sentiments, des émotions nouvelles apparaissent : la première est la honte qu’il ressent, la honte envers l’ancien Charlie, toujours tapi en lui, que l’on a toujours pris pour un imbécile, dont on s’est moqué sans arrêt, sans qu’il ne s’en doute : « C’est facile d’avoir des amis si vous avez laissé les gens rire de vous. »

Ce déchirement est pourtant accompagné du plaisir d’apprendre, de maîtriser de plus en plus de concepts, de dépasser ses maîtres. Il se rend alors compte l’importance du savoir, même si cette découverte produit des bouleversements inattendus : « Je comprends que l’une des grandes raisons d’aller au collège et de s’instruire, c’est d’apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n’est ce qu’il paraît être. »

En parallèle, il fait aussi l’expérience de ses premiers émois amoureux. Le lecture comprend que l’ancien Charlie avait plus ou moins été bloqué dans sa puberté, puisqu’il n’avait pas été capable de comprendre ce qui lui arrivait et de le maîtriser. L’intelligence le rend donc à l’intégralité d’une vie réellement humaine.

Mais au final, il a l’intuition que l’intelligence n’est rien s’il n’y a pas le reste : l’amour, la douceur, la compassion. « L’intelligence et l’instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher […] trop souvent la recherche du savoir chasse la recherche de l’amour. L’intelligence sans la capacité de donner et de recevoir une affection mène à l’écroulement mental et moral, à la psychose. »

L’intelligence ne mène pas au bonheur, est-ce là une des morales du roman ? Je n’en suis pas sûre car comprendre le monde apporte aussi à Charlie le bonheur; montrer à sa mère qu’il a pu évoluer, également.

Des Fleurs pour Algernon est un livre qui se ressent, qui se vit. Plus qu’un roman de science fiction, c’est un roman psychologique, qui peut toucher tout le monde.

Un livre d’une incroyable modernité, universel.

« Exceptionnel s’entend aussi bien pour un extrême que pour l’autre, si bien que j’ai été exceptionnel toute ma vie. »