Cette semaine, le dernier roman de Takis Théodoropoulos va paraître en librairie. Le Va-Nu-Pieds des nuages est publié chez Sabine Wespieser Editeur, tout comme ses romans précédents, Les Sept Vies des chats d’Athènes (2003), Le Roman de Xénophon (2005) et L’Invention de la Vénus de Milo (2008). De ces trois romans, je n’ai lu que le dernier, qui m’avait déjà impressionné par la culture qui y est déployée et, comme toujours, un style impeccable.

Dans ce dernier roman, Takis Théodoropoulos revient aux sources de la philosophie grecque, faisant preuve d’une remarquable maîtrise et connaissance de l’histoire grecque. Ce roman atypique mêle en effet théâtre, mythologie, philosophie et histoire, dans un étonnant cocktail de savoirs. On y découvre, entre autres,

  • Que Socrate était habité d’un vrai démon, envoyé par les dieux de l’Olympe pour l’encourager. Le but étant de se venger de l’outrecuidancedes Athéniens en les faisant douter d’eux-mêmes, par la célèbre philosophie socratique du questionnement.Comme les Gaulois, les dieux organiseront ensuite « un banquet […] afin de fêter la déconfiture de l’orgueil humain »

Par ailleurs, c’est ce démon qui dicte ce récit à « l’écrivain« . Il a traversé les siècles, et c’est d’ailleurs ce qui lui permet de dresser constamment des parallèles avec la culture occidentale contemporaine, en tant que spectateur privilégié !

  • Qu’Aristophane a écrit, alors que Socrate n’était pas encore très connu, une comédie intitulée Les Nuées, décrivant ce dernier comme gouvernant un « institut à penser », où l’on enseigne l’art d’arnaquer les gens par le langage … Bien sûr, Aristophane était inspiré par Athéna, qui voulait sauver du ridicule ses adorateurs en contrecarrant le projet des autres dieux.Une pièce où l’on accuse Socrate de ne pas respecter les dieux, de dévoyer la jeunesse, etc. Des accusations qui le condamneront, près de 20 ans plus tard.
  • Que les dieux sont jaloux car les Athéniens se targuent d’avoir inventé le grec, alors que ce se disent eux-mêmes à l’origine de cette langue … En réalité, ce sont bien les Athéniens, mais les dieux sont trop fiers pour le reconnaître. « Ils décidèrent un jour de s’adapter les uns aux autres, de se civiliser en quelque sorte et, pour ce faire, d’adopter à leur tour la langue de leurs sujets. Ils ne cessèrent pas d’échanger, bien sûr, tonnerre, éclairs, foudres, pluies, signes, regards, comme outils de communication, mais s’employèrent dès lors à agrémenter ce langage d’éléments nouveaux : datifs, plus-que-parfaits, participes présents et aoristes, etc. »

Et bien d’autres choses encore. Ce qui en fait un roman délirant, véritable feu d’artifice rendu avec humour et dérision envers cette culture essentielle : « au demeurant, c’est la gaieté de tous les convives qui avait connu une baisse de régime par rapport à jadis, et dès lors certains immortels aimaient ressasser les souvenirs du passé avec nostalgie, au grand agacement des autres, pour qui nostalgie et existence divine constituent deux entités parfaitement contradictoires dans la mesure où l’éternité, logiquement, ne saurait admettre la division du temps en passé, présent et avenir ». C’est dit !

Cependant, il me semble que parfois l’auteur s’est perdu dans son propre récit, peut-être un peu ambitieux pour un simple roman. Il lance des pistes et le lecteur a parfois des difficultés à voir où il veut en venir. Ce qui fait qu’il finit par se lasser de ce roman un peu décousu.

Néanmoins, pour les amoureux de la Grèce antique, c’est une manière étonnante et originale de la redécouvrir, par un auteur plein de talent, qui n’épargne aucun des personnages traditionnels qu’il met en place : d’Aristophane (« un soi-disant dramaturge, un être effeminé »), à Socrate (toujours sale et repoussant), en passant par Aspasie (la femme du grand Périclès, pas si grand que ça ici, même s’il n’apparait que mort …), et les dieux de l’Olympe (qui passent plus de temps à se bagarrer qu’à s’occuper des affaires des hommes, et heureusement pour ces derniers …; et pourtant, pour vaincre l’ennui : « toute la beauté de l’univers terrestre réside dans cet orgueil humain : l’indocilité. »)

Je remercie Sabine Wespieser pour l’envoi de ce magnifique livre, encore une fois …

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Grèce : 11 / 80 !