L’auteur

Brock Clarke est l’auteur de deux recueils de nouvelles remarqués par la critique, dont Carrying The Torch. Son roman, Le Guide de l’incendiaire des maisons d’écrivains en Nouvelle-Angleterre a soulevé l’enthousiasme de la presse et des libraires. Brock Clarke enseigne à l’université dans l’Ohio.

Mon avis

« Moi, Sam Pulsifer, je suis l’homme qui a accidentellement réduit en cendres la maison d’Emily Dickinson à Amherst, et qui, ce faisant, a tué deux personnes, crime pour lequel j’ai passé dix ans en prison. Il suffira sans doute de dire qu’au Panthéon des grandes et sinistres tragédies qui ont frappé le Massachusetts il y a les Kennedy, les sorcières de Salem et puis il y a moi. »

Ce sont les premières phrases de cet étrange roman, qui prend un peu parfois la forme d’un conte, à la fois satirique et moralisateur.

Le personnage principal met donc le feu, par accident (de ces hasards qui régissent toute vie humaine) à une maison d’écrivain alors que le guide et son époux y vivent une nuit torride. Dix ans plus tard, Sam sort de prison, se marie, a des enfants et essaye d’oublier ce passé. Mais ce dernier va vite le rattraper, sous la forme du fils du couple tué lors de l’incendie. Et la vie de Sam bascule une seconde fois.

Le mensonge est un des personnages principaux dans ce texte : Sam ment à sa famille, ses parents lui ont menti pendant des années, c’est un cercle vicieux dans lequel les personnages se perdent. Petit à petit, les faux-semblants de chacun sont dévoilés, mais le prix à payer est cher. « Les mensonges que vous racontez sont moins effrayants que la solitude qui vous attend si vous cessez de mentir. »

La solitude occupe une place très importante également, et le rôle des livres dans la construction de l’homme : « Avec un livre à la main, ma mère aurait paru moins solitaire. Et c’était peut-être pour ça que les gens lisaient : non pour se sentir moins seuls, mais pour paraître moins seuls aux yeux des autres gens, et ainsi éviter d’être pris en pitié et avoir la paix. »

Car toute cette histoire tourne autour des livres : c’est parce que la mère de Sam lui a raconté des histoires que ce dernier se trouve dans la maison d’écrivain le soir de l’incendie; ce sont les histoires qui sont responsables des meurtres; ce sont les histoires qui rendent les gens malheureux : pour preuve, pendant que Sam est en prison, il reçoit des dizaines de lettres lui demandant de brûler telle ou telle maison d’écrivain pour des raisons personnelles (parce qu’il déteste l’écrivain, parce que celui-ci l’a séparé de sa femme, etc.). Le roman est donc parcouru de réflexions sur la force de la littérature, de la fiction, qui peut mener au pire. Car les livres sont loin de tout nous apprendre :

« Comment sommes-nous censés reconnaître nos erreurs avant qu’elles ne deviennent des erreurs ? Où est le livre capable de nous enseigner cela ? »

C’est ce que reprochent les gens aux écrivains : ne pas leur montrer la réalité, ou alors une fausse réalité, celle de la fiction (opinion à laquelle je n’adhère pas d’ailleurs ..)

Contrairement à d’autres chroniques, je n’ai pas trouvé qu’il y avait des longueurs dans ce livre. Mais il est vrai qu’il lui manque quelque chose. Pourtant il y a de bons éléments : un titre prometteur, une histoire qui accroche. Et puis l’auteur se perd un peu, un peu cafouilleur, dans la vie de ce Sam, antihéros pathétique à qui l’on mettrait volontiers des claques toutes les 3 pages. Mais en même temps c’est Sam lui-même qui galère, qui s’embourbe dans son propre récit, dans sa propre histoire, et j’avoue qu’il m’a fait pitié, car c’est un homme moyen, qui n’a juste pas de chance, qui aspire au bonheur alors qu’il se retrouve ligoté dans ses propres mensonges.

Peut-être ai-je été aussi particulièrement touché par cette voix dans sa tête qui lui demande : « quoi d’autre ? » et qui fait écho à certaines de mes propres réflexions.

Au final c’est un récit complètement absurde, avec quelques situations savoureuses, d’autres très drôles, où prédomine un ton grinçant, et qui finalement ne finit bien pour personne. Difficile de dire s’il m’a réellement plu mais il est vrai que certaines réflexions ont eu une résonance chez moi, même si ce n’est pas le roman du siècle.

En réalité je crois que les déceptions, presque unanimes des autres chroniqueurs, vient de ce qu’on s’attend à autre chose : à un roman sur la littérature, alors qu’en réalité c’est un roman sur le parcours d’un homme marqué par les mensonges de son enfance.

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Une dernière citation pour la route, qui me désespère, comme d’habitude …

« J’irai dans une librairie. Je savais que je ne pouvais pas aller dans une bibliothèque, parce que les bibliothèques exigent calme et bienséance et que je n’étais pas exactement programmé pour cela : enfant, j’avais été trop de fois réduit au silence par trop de bibliothécaires en cardigan décharnées pour que j’envisage d’y remettre les pieds. »

Les bibliothécaires ont du chemin à faire pour abattre ces préjugés qui fourmillent dans toute la littérature mondiale …