Fanny Price a une dizaine d’années quand elle est confiée à son oncle et sa tante Bertram, qui vivent dans la luxueuse villa de Mansfield Park. Brutalement arrachée de tout ce qu’elle a connu jusqu’à présent, elle va doucement grandir entre ses cousines Maria et Julia qui n’hésitent pas à lui montrer leur supériorité, et son cousin Edmond qui la comprend et la défend toute son adolescence. L’arrivée à l’âge adulte et à l’âge de se marier des jeunes gens ne va pas être de tout repos, surtout qu’arrivent dans le voisinage la famille Crawford, frère et sœur, qui vont mettre le feu aux poudres …

C’est mon second Jane Austen, après le classique Orgueil et Préjugés dont j’avais auparavant visionné les belles prestations de Keira Knightley, Matthew MacFadyen et la série TV avec Colin Firth. Un ouvrage phare dans ma carrière de lectrice. Cependant, je n’avais pas osé repiocher dans la courte bibliographie de Jane Austen, jusqu’à ce qu’une très bonne amie m’offre Mansfield Park pour mon anniversaire en juillet dernier. Mieux vaut tard que jamais, j’ai profité d’une lecture commune avec George et Lili pour l’attaquer enfin.

Autant le dire tout de suite, j’ai mis plus de deux semaines à le lire (avec des interruptions certes), et je n’ai finalement apprécié le roman tout entier qu’à la lumière de la fin. En effet, je me suis trouvée dans la position du lecteur niais qui tombe dans le piège tendu par l’auteur … Fort heureusement, Lili m’a permis de sauver la face en me remettant sur le droit chemin, 100 pages avant la fin …

En effet, j’avoue que je me suis un peu ennuyée à la lecture de ce long roman, qui aurait pu selon moi être quelque peu réduit. Les jardins bien rangés, les longues discussions inutiles, les interminables conciliabules hypocrites entre chaque personnage, m’ont très vite lassés. J’aime le style du 19e, même quand il ne raconte pas grand chose. Par exemple, j’adore Proust pour son analyse psychologique fine de la société. Ici Jane Austen nous propose cette analyse mais de la société mondaine, une société embourgeoisée, hyper traditionaliste et conventionnelle, pleine de bons sentiments, de moralité mais qui ne sont que de façade; et cela m’a moins passionné.

Ma lassitude vient aussi du personnage principal, Fanny, qui est désespérément timide, manque de confiance en elle tout le long du roman et m’a agacé à force de vouloir se rendre insignifiante. Certes, elle n’a jamais été à sa place dans la maison de ses oncle et tante, et elle a subi des brimades (Tante Norris : « La stupidité et la déraison de ceux qui s’écartent du rang qui est le leur et essayent de paraître plus qu’ils ne sont, me fait penser qu’il est juste de vous prévenir, Fanny […]; et je vous implore et vous supplie de ne pas vous mettre en avant, de ne pas parler et donner votre avis comme si vous étiez l’une de vos cousines »). Mais son faible caractère est parfois désespérant. Elle ne devient vraiment intéressante, pour moi, que dans la deuxième partie du roman où elle commence à avoir des opinions propres et à écouter ses sentiments. Mais sa pruderie et sa moralité un peu bornée m’ont énervé. J’avais envie de la secouer. Bon d’accord, c’était sûrement les mœurs de la société de cette fin du XIXe, et quand on voit l’autre face de cette société, à travers la famille de Fanny qui vit dans une misère relative, on se dit que finalement c’était pas si mal …

Fort heureusement il y avait Edmond, le cousin parfait qui est tendre, beau, grand et saura ouvrir les yeux au bon moment … 🙂

Malgré ma difficulté relative à la lecture de ce texte, je ne peux nier que Jane Austen a un style vraiment remarquable, dans ces romans touffus, et m’a bien plu par son humour décalé et l’ironie qu’elle peut parfois montrer envers ses personnages même. De plus, elle dénonce avec force l’hypocrisie que j’ai souligné plus haut ainsi que la dépendance des femmes à l’égard du mariage, mariages arrangés et sans amour (Mademoiselle Crawford : « Je n’aime pas voir que l’on se marie avec quelqu’un d’indigne de soi; mais tout le monde devrait se marier dès qu’un beau parti se présente »), ce à quoi se refuse Fanny, montrant ainsi qu’elle a été élevée dans un monde différent …

En bref, un roman riche, sur lequel j’ai revu mon opinion après coup, et qui me motive pour ouvrir un autre Jane Austen prochainement … Emma sûrement, qui est un vrai chef d’œuvre parait-il.

Quelques mots sur Jane Austen

Jane Austen, née en 1775 dans le Hampshire en Angleterre et morte en 1817, est une des écrivains anglais les plus largement lus et aimés. Appartenant à la petite gentry anglaise, elle demeure dans une famille très unie, qui l’a soutenu toute sa vie dans sa carrière d’écrivain.

De 1811 à 1816, avec la parution de Sense and Sensibility (publié de façon anonyme en 1811), Pride and Prejudice (1813), Mansfield Park (1814) et Emma (1816), elle connaît le succès. Deux autres romans, Northanger Abbey (achevé en fait dès 1803) et Persuasion, font tous deux l’objet d’une publication posthume en 1818 ; en janvier 1817, elle commence son dernier roman, finalement intitulé Sanditon, qu’elle ne peut achever avant sa mort.

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16/80 : Angleterre !