Angleterre, 2150. La mort n’existe plus. Les hommes vivent à l’ère de la Longévité, une vie éternelle où la mort est éloignée à jamais. Mais, pour éviter le surpeuplement, cela induit un contrôle strict de naissances.

Peter et Anna ont un point commun : ils n’auraient jamais dû naître. Considérés comme des Surplus, méprisés pour leur jeunesse considérée comme dangereuse, et parce qu’une vie éternelle leur semble contre nature, ils décident de lutter contre ce système menaçant l’espèce humaine.

Au sein du Réseau souterrain, la résistance s’organise : Peter a pour mission d’infiltrer le plus grand des laboratoires, le centre névralgique du système, Pincent Pharma… dirigé par son grand-père, Richard Pincent. Un homme puissant et influent, bien décidé à faire plier les rebelles.

Mon avis

L’idée n’est pas de vous dévoiler la suite de cette histoire passionnante, dont j’ai déjà chroniqué le premier tome, La Déclaration, il y a quelques mois. Il aurait été plus logique de chroniquer la trilogie en une seule fois, mais les hasards des lectures et de la bibliothèque ont fait que je n’ai pu mettre la main que récemment sur les deux derniers tomes ! Tomes que j’ai dévoré en une semaine, me demandant comment j’avais pu attendre aussi longtemps de connaître la suite.

En relisant mon billet de l’époque sur le tome 1, je me rends compte que cette histoire ne peut en réalité que se lire comme un tout. Je trouvais par exemple que le monde n’avait pas été assez développé, et c’est chose faite dans les 800 pages suivantes : on revient sur l’historique du monde, sur le moment où il a divergé du monde que nous connaissons, et on en apprend beaucoup sur l’histoire de chaque personnage.

Ces personnages évoluent d’ailleurs lentement mais sûrement durant ces deux tomes, devenant plus matures, en même temps que le lecteur qui apprend à mieux les connaître au fur et à mesure du texte. Des personnages dont la narratrice emprunte à chaque fois le point de vue, y compris pour des personnages secondaires, ce qui enrichit le fil narratif et la qualité du texte.

Et plus j’y réfléchis, plus je me dis que cette série a vraiment tous les ingrédients pour être un excellent livre : facile d’accès pour les adolescents, ou plus jeunes, elle est bien écrite et reste très agréable pour des lecteurs adultes.

Grâce à sa thématique très riche, la trilogie invite à la réflexion sur différents niveaux, et même si les péripéties sont nombreuses, on sent que l’auteur prend son temps et croit profondément en son propos fondamental : la force de la jeunesse, de la vie humaine qui doit rester courte pour garder toute sa saveur, l’aveuglement des autorités supérieures qui se confortent dans un conservatisme dangereux, la nécessité du renouvellement, et surtout la conservation du cercle de la vie, qui impose disparition et renaissance. Sans la mort, la vie n’est « qu’une prison sans murs, une condamnation à vie répétée en boucle. Personne n’était heureux, personne n’était quoi que ce soit ; les gens existaient, point final. C’était d’un ennui incroyable. »

C’est finalement l’histoire d’une confrontation entre la volonté de puissance de Richard Pincent, « l’inventeur » de la longévité, pour qui l’argument fondamental est que « l’homme a toujours aspiré à la vie éternelle, que ce soit à travers la religion ou par le biais de la philosophie. Or cette possibilité t’est aujourd’hui offerte sur un plateau. »; et la volonté de son petit-fils Peter qui « aspire à la vie. A la vraie vie, avec ses joies, ses peines, ses contrariétés et ses plaisirs. Une vie avec une fin, et dont chaque seconde aurait de l’importance. Une vie synonyme d’amour, et non de souffrances pour autrui. »

Un livre dont on ressort différent, avec un regard autre porté sur la vie. Il est vrai qu’on entend toujours les gens autour de nous dire qu’ils n’ont pas le temps de faire tout ce qu’ils veulent; d’autres ont une peur paralysante de la mort. Ce roman nous fait voir autrement nos peurs les plus intimes, en dessinant un scénario « catastrophe » des hommes ayant accédé à la vie éternelle.

Un roman dystopique par excellence, à découvrir sans attendre.

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Quelques mots sur Gemma Malley

Gemma Malley naît en 1972 en Angleterre. Elle étudie la philosophie à l’université de Reading puis devient journaliste, mais se lasse vite des petits articles. Elle rédige alors son premier roman, « The declaration. Anna’s Story », publié à Londres en 2007. Ce livre est traduit en français et publié la même année en France, et a reçu le Grand Prix de l’Imaginaire en 2009. Il est suivi de deux autres tomes, La résistance et La révélation.

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8/10 ! 🙂