Sous le couvert de lettres et papiers soit disant trouvés dans des lieux antiques et îles perdues, Françoise Xenakis imagine la correspondance de l’empereur Néron avec sa mère, sa maîtresse, ses amis. Elle revisite ainsi l’histoire de cet empereur sans cesse décrié et décrit comme fou et sanguinaire. Les faits qu’elle utilise sont issus de travaux récents sur cette période de l’histoire, mais ils sont enrobés d’un important tissu romanesque.

Mon avis

Elle retrace le parcours de Néron, détaillant sa généalogie, sa montée au pouvoir, ses frasques, et surtout les relations avec sa mère, Agrippine. Tout tourne en réalité autour d’elle, qui déclare « le reste n’est rien, seul le pouvoir m’intéresse. Je suis née des dieux, mais hélas, ils m’ont faite femme. » C’est le tragique de sa vie et des lois de la République qui interdisent aux femmes de régner. Ceci étant posé, tous ses espoirs vont se reporter sur son fils unique. Le problème c’est que Néron déclare très vite :

« Moi, empereur, je ne veux pas le devenir et si, par malheur, j’y suis obligé, je ne serai pas un empereur comme les autres, car rien de ce que font ce qui gouvernent ne me plaît. »

Malgré tout, il est élu, à la suite de nombreuses manipulations, meurtres et trahisons de la part d’Agrippine. Mais il va rapidement se démarquer des autres empereurs. Il commence par supprimer les jeux du cirque, qui le dégoûtent. Puis il supprimera les impôts des plus pauvres, augmentant ceux des familles qui embauchent plus de 30 esclaves. L’idée étant que ce soit suivi d’affranchissements de masse, et qu’une société plus ouverte se crée.

Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu. Le peuple voit son principal divertissement être supprimé; et les anciens esclaves seront les premiers à trahir l’empereur. Enfin, ce dernier ne sera pas soutenu par le Sénat : « A quoi sert d’être empereur si le Sénat ne vous obéit pas ? Je voulais faire de Rome une république, je ne vais rien faire du tout. »

Pourtant Xenakis dépeint un homme sensible, ce qui va pourtant se transformer en inconvénients : un ami déclare ainsi « Ce que j’admire le plus chez Néron, c’est sa lucidité et sa sincérité. Ce qui me dérange le plus chez lui ? Ce sont ses crises de larmes, son apitoiement sur lui-même. » Mais malgré ses défauts, il semblerait que Néron ait surtout été diabolisé par les Chrétiens, qu’il a persécuté à leurs débuts, les assimilant à une secte dangereuse.

L’idée de base est originale et intéressante, surtout que le travail de l’auteur s’appuie sur des sources historiques avérées, et au final, j’ai appris un certain nombre de choses sur cette période et cet empereur.

Malheureusement, malgré toute la bonne volonté de l’auteur, les sources restent pauvres et on ne peut donc qu’imaginer ce qui n’a pu être prouvé.Par conséquent, j’ai eu l’impression qu’au bout de 50 pages j’avais obtenu toutes les informations possibles et qu’il ne s’agissait ensuite que de les répéter encore et encore. Je me suis donc rapidement lassée et c’est pour ça qu’après plus de 300 pages, j’écris finalement un billet négatif.

J’aurais pu en apprendre autant par un essai rapide sur Néron plutôt que de lire ce pseudo-roman, par ailleurs écrit dans un style relâché, très oral, qui a fini par me rebuter. Car Françoise Xenakis a voulu aussi un roman d’excès : guerres, incestes, adultères, orgies, meurtres, pullulent dans la langue la plus crue. Ce qui n’apporte pas grand chose de plus, à part me renforcer dans l’idée que les Romains étaient des barbares …

En bref, un livre que je ne conseille pas.

Quelques mots sur l’auteur

Françoise Xenakis est l’auteur de nombreux romans, entre autres : Mouche-toi Cléopâtre; Zut, on a encore oublié Madame Freud, etc. Elle a tenu dans les années 1980 une chronique littéraire dans le journal Le Matin de Paris. Françoise Xenakis est également journaliste de presse écrite et télévisée, notamment dans l’émission Télématin sur France 2.

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Lettre X !