Cinq-Mars ou Une conjuration sous Louis XIII est inspiré par le complot que le jeune marquis d’Effiat tenta pour destituer Richelieu. Ou comment faire un héros romanesque d’un jeune aventurier !

Un peu d’histoire …

Né en 1620 et exécuté le 12 septembre 1642, le marquis de Cinq-Mars était un « favori » du roi Louis XIII. Il était couramment appelé « Monsieur le Grand » en référence à sa charge de grand écuyer de France.

On le suit dans sa montée au pouvoir, soutenu par Richelieu lui-même. Rapidement, il devient favori et mène une vie dissolue. Mais le roi le lasse, dans son changement perpétuel et son incapacité à prendre des décisions face à Richelieu. Ce dernier le stoppe alors dans son projet d’épouser Marie de Gonzague-Nevers, ce que Cinq-Mars n’acceptera pas.

Il monte alors un complot avec François-Auguste de Thou et Gaston de France pour s’allier avec les Espagnols. Leur plan prévoit le renvoi ou l’assassinat de Richelieu, la signature de la paix avec l’Espagne avec une restitution réciproque de territoires. Les Espagnols massent une armée de18 000 hommes dans la région de Sedan pour intervenir aux côtés des conjurés.

Mais une correspondance secrète du marquis est interceptée par la police de Richelieu. Louis XIII et Richelieu le font juger puis décapiter à Lyon, avec François-Auguste de Thou, le 12 septembre 1642. La famille de Cinq-Mars est dépossedée, le château est rasé et sa famille bannie. De son côté, Gaston d’Orléans est privé de ses droits à la régence. 

Le roman

Le roman de Vigny respecte les grandes lignes historiques, mais y rajoute des éléments trouvés dans la correspondance des différents protagonistes (correspondance restituée dans les annexes), en particulier sur les relations de Cinq-Mars avec le cardinal, la découverte du complot et l’exécution.

Sauf que Vigny se réapproprie Cinq-Mars pour en faire un vrai héros romanesque et romantique ! Il décrit ses relations d’enfance puis d’amour avec Marie de Gonzague, le déchirement de son cœur quand celle-ci est promise au roi de Pologne, la découverte de la légèreté de son aimée et le désespoir d’un jeune homme passionné prêt à tout : « pour elle je fus courtisan; pour elle j’ai presque régné en France, et c’est pour elle que je vais succomber et peut-être mourir« . Les dernières pages m’ont touché en plein cœur. « Quand la jeunesse et le désespoir viennent à se réunir, on ne peut dire à quelles fureurs ils porteront, ou quelle sera leur résignation subite; on ne sait si le volcan va faire éclater la montagne, ou s’il s’éteindra tout à coup dans ses entrailles. »

Cependant, il me semble que Vigny décrit Richelieu d’une manière beaucoup trop noire, faisant du combat de Cinq-Mars une marche pour la libération de la France des mains de ce tyran. Même s’il montre que Louis XIII n’est pas compétent et ne peut pas s’en passer, et qu’il rend justice au génie politique de Richelieu. Mais il critique le côté peu religieux du cardinal, sa cruauté parfois alors que Cinq-Mars reste pur jusqu’au bout : « Ma pensée entière, la pensée de l’homme juste, se dévoilera aux regards du roi même s’il l’interroge, dût-elle me coûter la tête. »

C’est tout de même un beau roman historique, quoique avec des longueurs lors de l’explication de la situation de la France et des débuts de Cinq-Mars. Ce fut donc un vrai plaisir, sans être un coup de cœur, d’être replongée ainsi au cœur de l’Histoire.

Avec Cinq-Mars, de Vigny est l’un des initiateurs du grand roman historique français. Il est souvent considéré comme le Walter Scott français, tout en plaçant cependant les hommes illustres au premier plan alors que pour Scott, l’histoire n’intervient qu’en toile de fond.

Vigny publie d’ailleurs sa théorie du roman historique dans la troisième édition de Cinq-Mars en 1827, dans une préface intitulée « Réflexions sur la vérité dans l’art ». Il défend l’idée d’un récit qui « perfectionne l’évènement pour lui donner une grande signification morale ». Il affirme que la liberté qu’il prend avec l’histoire est « la liberté que les Anciens portaient dans l’histoire même », car « à leurs yeux l’histoire était aussi une oeuvre d’art ».

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Lettre V  !