Avec une semaine de retard, je réponds présente au rendez-vous commun d’Hérisson et de Somaja, des livres dont nous n’avons pu parler dans le mois …

Pour juin, trois romans très différents : l’un nous plonge dans les conséquences de la bombe d’Hiroshima grâce à l’écriture pleine d’humanité d’Edita Morris ; le deuxième dans l’univers fantasmagorique de Carole Martinez; le dernier, dans le monde délirant de François Jonquet (Editions Sabine Wespieser).

C’est parti !

Ce court roman retrace la visite au Japon par un Américain, 15 ans après la bombe nucléaire qui s’est abattue sur la ville d’Hiroshima. Ce dernier, naïf, joue le rôle du touriste innocent qui ne comprend pas les secrets recelés dans cette ville meurtrie. Car si elle s’est relevée, tous les habitants cachent des blessures plus ou moins douloureuses.

De la douleur muette des jeunes filles orphelines qui hébergent l’Américain, à celle physique du mari de la sœur aînée qui se meurt de nombreuses lésions dues à la radioactivité, très vite l’étranger découvre que la ville n’a pas cicatrisé et que les conséquences de la bombe sont encore présentes et terriblement sensibles.

C’est grâce à ce roman plein de pudeur que j’ai pu moi aussi me rendre compte de l’atrocité de l’histoire de cette ville. Certes je savais que la bombe avait rasé les deux villes d’Hiroshima et Nagasaki, mais je n’ai jamais imaginé l’impact de la radioactivité sur le corps humain, même des décennies plus tard. La bombe atomique n’est en réalité qu’une série de bombes à retardement nichées au creux du cœur et du corps des habitants de ces villes meurtries, des bombes qui explosent plus ou moins vite. Mais qui font des victimes à chaque reprise.

Ce fut donc un roman extrêmement éclairant, qui m’a suffoqué parfois. Un beau roman car il met à l’honneur la réserve, la pudeur, la combativité des Japonais qui livrent leur combat quotidien contre ce monstre diffus sans que personne n’en sache rien. Un roman incontournable par une Suédoise voyant à travers le monde et dénonçant inlassablement les injustices et les causes méconnues. Il a reçu le prix Albert Schweistzer en 1961.

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Il y a tellement de choses qui ont été dites sur ce roman qu’il est difficile de rajouter quelque chose de réellement original.

J’ai beaucoup aimé l’ambiance dans laquelle nous plonge Carole Martinez, très hispanique. On imagine aisément ce pays aride aux habitants durs et secs.

Cependant, si l’ensemble m’a bien plu, je n’ai pu m’empêcher d’être gênée par la similitude de la première partie avec Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez : les personnages, l’histoire, l’ambiance sont très proches. Avec un style plus simple, Carole Martinez utilise même des procédés proches de ceux du maître du réalisme magique : des gens insomniaques, des transformations étranges.

Fort heureusement, la seconde partie rompt avec cette impression, puisque les personnages se mettent à voyager, et se détache de leur village étrange, ce qui n’est pas le cas chez Marquez. A travers l’épopée racontée par une des sœurs, l’histoire se déploie, et prend une belle ampleur poétique qui m’a charmée. On a le sentiment d’assister à la création d’une légende : ils marchent et marchent encore; « soumis au souffle d’Anita, nous devenions de grands voiliers et glissions murmurés aux pierres, à la mer, à des nuits sans étoiles et sans songe. »

Au final c’est un roman captivant, doté d’un caractère et d’une histoire qui ne peut laisser indifférent. Un roman qui fera date.

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Critique d’art, critique de cinéma, essayiste, François Jonquet a publié en 2001 une biographie de Jenny Bel’Air, figure mythique des nuits parisiennes (Pauvert). Son ouvrage consacré aux artistes contemporains britanniques Gilbert & George (Denoël, 2004 et Phaidon, 2005), a connu un succès international. En 2005 il a écrit un documentaire, Les Années Palace, diffusé sur France 5 et Arte. En 2006, il publie Et me voici vivant et, en avril 2008, Daniel, tous deux chez Sabine Wespieser Editeur.

« Et me voici vivant » est le délire hallucinant – et halluciné – d’un homme de 33 ans, le narrateur, qui sent la maladie – dont on ne sait rien – prendre possession de son corps. Après la drogue, l’alcool, le jeune homme choisit la fuite lors d’un voyage fantasmagorique en Orient. Dans un indescriptible désordre, il traverse sa vie, ne sachant comment vivre ces heures tronquées par ses faiblesses physiques.

C’est le journal d’un homme mal dans sa peau, pris d’une véritable panique lorsqu’il est mis en face de la réalité.  Lu dans un souffle, je n’en garde pas un souvenir impérissable mais plutôt l’idée d’un malaise. Un livre déroutant, qui prend au dépourvu, dans la lignée des témoignages que publie Sabine Wespieser (au même titre que Do you love me de Florence Giorgetti ou Inflammables de Gérard Guégan).

Lettre J !