Titre original : Mockingbirg

« Seul l’oiseau moqueur chante à l’orée du bois. »

Aux alentours du XXVe siècle, Walter Tevis nous dépeint un monde effrayant : il n’y a presque plus d’hommes sur Terre, plus de naissances, des robots mal réglés contrôlent tout et l’humanité a tout oublié. La lecture, le cinéma ont disparu : » La Lecture est le partage profond et subtil d’idées et de sentiments par des moyens sournois. C’est une grossière invasion de la Vie Privée […]. L’Enseignement de la Lecture est également un crime contre la Vie Privée et la Personnalité. »

Les rares humains survivants sont drogués, stupides (« Pas de questions. Relax », « dans le doute, n’y pense plus » ) et fondamentalement individualistes. Leurs principales occupations sont de faire l’amour (« Sexe vite fait, sexe bien fait  »), fumer des joints et prendre des tranquillisants fournis en masse par le gouvernement pendant que les robots s’occupent du reste.

Et surtout, on apprend très tôt aux enfants les réflexes fondamentaux : rester seul, ne pas engendrer de situations de violation de la vie privée, ne pas penser. L’intimité et la solitude sont à la base de cette Terre désertée.

C’est là qu’évoluent les trois personnages principaux :

Spofforth, dernier représentant des robots les plus évolués construits par l’homme avant la décadence. Il contrôle tout mais recherche la paix dans la mort, ce que son corps programmé lui refuse : « Spofforth avait été conçu pour vivre éternellement et ne rien oublier. Et les hommes à l’origine de ce projet ne s’étaient même pas interrogés sur le drame qu’une telle existence pouvait représenter. »

Paul Bentley, qui apprend à lire, redécouvre la culture, l’histoire humaine et suivra un long et douloureux chemin avant de parvenir à s’émanciper de son éducation première. « Le simple fait de savoir que l’homme a un passé, un passé sur lequel je ne possède pourtant que de très vagues notions, a radicalement modifié mon esprit et mon comportement. »

Mary-Lou, jeune rebelle résistante à tout système, dont Paul tombe amoureux et pour qui il luttera jusqu’au bout.

C’est un roman un peu terrifiant que l‘Oiseau d’Amérique car cette vision est crédible : une Terre appauvrie, détruite par les guerres, déshumanisée, où les hommes vivent chacun de leur côté ou se suicident en masse quand ils ne peuvent plus supporter le vide de leur vie. Une Terre où les sentiments, l’amour, l’amitié, semblent avoir totalement disparus.

Pourtant, il est finalement fondamentalement optimiste. Walter Tevis nous fait découvrir son monde tranquillement, sans faire intervenir de nombreuses péripéties, il suit le cheminement de Paul, ses interrogations et ses découvertes, et l’accompagne jusqu’au dénouement. Jusqu’à l’infime bouleversement qui nous laisse présager un avenir plus radieux … Un hymne au pouvoir subversif des livres et de la culture, émaillé de nombreuses références à la culture américaine.

D’un point de vue de l’histoire, c’est donc un coup de coeur, un roman qui suscite des réflexions intemporelles. Pourtant, on peut regretter un style presque pauvre. Est-ce la traduction ? En tout cas nous (car je l’ai lu à voix haute avec mon cher et tendre) avons trouvé que les constructions étaient très simplistes, du genre sujet, verbe, complément. Ce qui, à l’oral, rend une lecture saccadée, peu fluide.

Cependant, un classique de la SF et de la dystopie, à lire (en VO ?)

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Quelques mots sur l’auteur

Walter Stone Tevis est un écrivain américain de science-fiction et de roman noir. Il était professeur de littérature à l’Université de l’Ohio puis il se met à écrire.

Il fut nommé au prix Nebula pour le Meilleur Roman en 1980 pour L’oiseau d’Amérique.

Ses romans furent souvent adaptés au cinéma :
L’Homme qui venait d’ailleurs (The Man Who Fell to Earth), film britannique réalisé par Nicolas Roeg, sorti en 1976 avec David Bowie, est adapté du roman L’Homme tombé du ciel. Il fut par la suite réadapté pour la télévision avec The Man Who Fell to Earth (1987) et pour le cinéma avec The Man Who Fell to Earth (2008).

L’Arnaqueur (The Hustler) (1976), film américain de Robert Rossen avec Paul Newman et La Couleur de l’argent (1984) de Martin Scorsese avec Paul Newman et Tom Cruise.

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